Patrimoine immatériel

Sonnerie Manuelle des Cloches

La sonnerie manuelle des cloches et le code sonore des clochers portugais : le métier de sonneur, ses fonctions dans la communauté et la menace de la mécanisation.

La sonnerie manuelle des cloches est l’art de faire sonner les cloches des églises à la main, transformant le clocher en un instrument de communication collective. Il ne s’agit pas seulement de produire du son : il s’agit de maîtriser un répertoire de sonneries codifiées, où le rythme, le nombre de coups et la manière d’actionner chaque cloche — en repiquant, en doublant ou en faisant tourner — correspondent à des messages précis. Pendant des siècles, ce code sonore a été la voix publique des communautés portugaises, avant que l’horloge, le téléphone et, plus tard, les automatismes électriques ne lui volent une grande partie de ses fonctions.

Un code sonore au service de la communauté

Avant la généralisation des moyens de communication modernes, la cloche était le principal instrument capable d’atteindre simultanément toute une paroisse. Ses sonneries organisaient le temps et la vie sociale : elles marquaient les heures et les prières — comme le son des Trinités au crépuscule —, appelaient à la messe, annonçaient les mariages, les baptêmes et les fêtes, et accompagnaient les processions. Le glas pouvait distinguer, par la combinaison des coups, si le défunt était un homme, une femme ou un enfant.

Outre ces fonctions rituelles, la cloche avait un rôle d’alerte civique : le son du rebate, rapide et insistant, rassemblait la population pour combattre les incendies, faire face aux inondations ou réagir à d’autres menaces. Cette polyvalence faisait du sonneur une figure centrale du village, et de son savoir une forme de connaissance transmise oralement, en étroite relation avec le calendrier liturgique et agricole — comme c’est le cas pour d’autres expressions du patrimoine culturel immatériel portugais.

La cloche ne sonne pas seulement pour être entendue : elle sonne pour être comprise. Ceux qui ont grandi à portée d’un clocher apprenaient à lire, dans l’air, si le coup annonçait une fête, une mort ou un danger.

Le métier de sonneur et l’art de la sonnerie

Bien sonner exige de la technique, de l’oreille et de la mémoire. Le sonneur doit connaître le poids, l’accord et le comportement de chaque cloche, coordonner les cordes et les leviers et exécuter de mémoire des séquences complexes qui varient d’une fête à l’autre et d’un lieu à l’autre. Chaque localité a développé son propre “dialecte” sonore, au point que deux clochers voisins pouvaient avoir des sonneries distinctes pour la même occasion.

Cette richesse est particulièrement dense dans le Nord du pays, notamment dans le Minho et dans la vaste archidiocèse de Braga, ancien siège primatial dont la cathédrale — la Sé de Braga — est l’un des centres historiques de la tradition sonore portugaise. La sonnerie manuelle est intimement liée à la vie des églises paroissiales et au patrimoine religieux qui structure le territoire, animant en particulier les fêtes et les sanctuaires et lieux de pèlerinage qui ponctuent le calendrier de l’intérieur.

Mécanisation, menace et sauvegarde

L’installation d’automatismes électriques, généralisée à partir du XXe siècle, a profondément modifié cet univers. Les systèmes mécaniques répètent un nombre fixe de coups, mais ne reproduisent pas l’expressivité, la variation et l’intentionnalité de la sonnerie humaine — et, en dispensant le sonneur, ils interrompent la chaîne de transmission du savoir. Dans des archidiocèses étendues comme celle de Braga, on estime que seule une minorité des centaines d’églises maintient aujourd’hui des sonneries manuelles régulières, et beaucoup des derniers sonneurs sont des personnes âgées.

Face à ce risque, des initiatives de documentation et de sauvegarde ont vu le jour au Portugal. Le projet PASEV — Patrimonialisation du Paysage Sonore d’Évora, développé sous la Chaire UNESCO en Patrimoine Immatériel et Savoir-Faire Traditionnel de l’Université d’Évora, a étudié les cloches comme biens matériels et immatériels, incluant la fonte, le métier de sonneur et l’impact de la mécanisation. L’Espagne voisine a inscrit sa sonnerie manuelle des cloches sur la Liste Représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité de l’UNESCO en 2022, renforçant l’argument pour que cette art sonore soit également reconnue et protégée au Portugal avant que le silence des automatismes ne la rende irrécupérable.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la sonnerie manuelle des cloches ?
C'est l'art de faire sonner les cloches des églises à la main, en actionnant les battants par des cordes, des leviers ou en faisant tourner la cloche elle-même, selon des combinaisons rythmiques codifiées. Chaque sonnerie transmet un message spécifique à la communauté, se distinguant des systèmes électromécaniques qui ne répètent qu'un nombre de coups sans variation expressive.
La sonnerie manuelle des cloches est-elle inscrite au Patrimoine Mondial de l'UNESCO ?
Au Portugal, elle n'est pas encore inscrite sur les listes de l'UNESCO. La pratique équivalente en Espagne a été inscrite sur la Liste Représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité en 2022. Au Portugal, des travaux de recherche et des propositions de sauvegarde sont en cours, notamment autour de l'archidiocèse de Braga et du projet PASEV de l'Université d'Évora.
Quels messages transmettaient les cloches des villages ?
Les cloches marquaient les heures et les prières de la journée, annonçaient les messes, les fêtes et les processions, sonnaient le glas en distinguant souvent le son pour un homme, une femme ou un enfant, et donnaient l'alarme en cas d'incendie, d'inondation ou de tempête. Elles constituaient un véritable système de communication publique à l'échelle de la paroisse.

Sources

  1. Wikipédia — Ofício de sineiro
  2. Cátedra UNESCO da Universidade de Évora — Webinário Património Sineiro Português (projeto PASEV)
  3. UNESCO — Manual bell ringing (decisão do Comité Intergovernamental)