Patrimoine immatériel

Charcuterie et viandes fumées

Charcuterie et viandes fumées du Portugal : alheiras, chouriças, salpicões et butelos du Nord à l'Alentejo, savoir-faire de l'abattage du cochon et de la…

La charcuterie et les viandes fumées constituent l’une des manifestations les plus expressives de la culture alimentaire portugaise, héritage d’une économie rurale où chaque partie du cochon était utilisée et conservée pour passer l’année. Plus qu’un ensemble de produits, ils sont un savoir-faire transmis de génération en génération : l’élevage de l’animal, l’abattage du cochon en hiver, l’assaisonnement des viandes, le remplissage des boyaux et la longue salaison à la fumée de l’âtre. Ce savoir, profondément enraciné dans le Nord intérieur et l’Alentejo, fait partie de l’univers du patrimoine culturel immatériel portugais et dialogue directement avec les valeurs de la Diète méditerranéenne.

L’abattage et le cycle du cochon

Dans de nombreux villages de Trás-os-Montes et des Beiras, l’abattage du cochon était — et reste en certains lieux — un événement communautaire, marqué par des rituels d’entraide entre familles et voisins. Réalisé pendant les mois froids, il profitait du climat rigoureux pour le séchage naturel des viandes. De l’animal, on utilisait presque tout : le jambon, l’échine et les morceaux maigres pour les charcuteries les plus nobles ; le sang pour la morcela ; les viandes avec os pour le butelo ; les graisses et les abats pour d’autres préparations. Cette logique d’utilisation intégrale, associée à la conservation sans réfrigération, explique l’énorme diversité de charcuteries que le pays a développée.

La fumée de la cheminée fonctionnait, au temps de l’Inquisition, comme un signe extérieur de foi : celui qui ne pendait pas de viandes fumées devenait suspect.

Le fumeiro du Nord et l’alheira

Dans le Nord intérieur, surtout à Trás-os-Montes, le fumeiro atteint son expression la plus aboutie. Les charcuteries sont affinées par exposition à la fumée lente de bois de chêne ou de châtaignier, technique qui conserve et parfume la viande, souvent issue du cochon bísaro, race autochtone élevée en liberté et nourrie de châtaignes. Des communes comme Vinhais et Mirandela sont devenues une référence nationale, avec des foires annuelles de viandes fumées et des produits certifiés : le Fumeiro de Vinhais et la célèbre Alheira de Mirandela possèdent une Indication géographique protégée (IGP).

L’alheira occupe une place singulière dans cette histoire. La tradition associe son origine aux nouveaux-chrétiens de Trás-os-Montes qui, après la conversion forcée des juifs à partir de 1496-1497, auraient conçu une charcuterie visuellement identique aux autres, mais faite de pain, d’huile d’olive, d’ail et de viandes de gibier ou de volaille, sans viande de porc. Ils pouvaient ainsi pendre des viandes fumées dans leurs maisons et échapper à la méfiance de l’Inquisition, qui surveillait ceux qui ne consommaient pas de porc. Légende fondatrice mise à part, l’alheira est devenue l’une des charcuteries les plus emblématiques du Portugal.

Les charcuteries de l’Alentejo

Au Sud, la tradition s’organise autour du porc noir de l’Alentejo, élevé dans le montado et nourri de glands. Il en résulte des charcuteries au goût distinct — chouriço, paio, painho, farinheira et morcela —, dont beaucoup relèvent de régimes d’Appellation d’origine protégée (AOP) et d’Indication géographique protégée. La salaison recourt aussi bien à la fumée qu’au séchage à l’air, dans un climat plus doux que celui de Trás-os-Montes, conférant aux charcuteries de l’Alentejo un profil aromatique qui leur est propre.

Du Nord à l’Alentejo, la charcuterie et les viandes fumées demeurent vivantes non seulement comme gastronomie, mais comme mémoire d’un mode de vie. Leur continuité dépend de la transmission des gestes de l’abattage et de la salaison, aujourd’hui valorisés par les foires, les certifications et la reconnaissance croissante de ces produits comme partie intégrante de l’identité culturelle portugaise. Aux côtés d’autres savoirs alimentaires, comme les fromages traditionnels portugais et le pain traditionnel portugais, ils constituent un chapitre essentiel de notre patrimoine immatériel.

Questions fréquentes

Quelle est l'origine de l'alheira ?
La tradition rattache l'alheira aux nouveaux-chrétiens de Trás-os-Montes qui, après l'expulsion et la conversion forcée des juifs à partir de 1496-1497, auraient créé une charcuterie sans viande de porc — à base de pain, d'huile d'olive et de viandes de gibier ou de volaille — pour déjouer la surveillance de l'Inquisition, en feignant de conserver des viandes fumées comme leurs voisins.
Qu'est-ce qui distingue le fumeiro des autres charcuteries ?
Le fumeiro désigne l'ensemble des viandes et charcuteries affinées par exposition à la fumée lente de bois tels que le chêne, le châtaignier ou l'olivier, dans un processus qui conserve et parfume la viande. Toutes les charcuteries ne sont pas fumées, mais dans le Nord intérieur le fumeiro est la technique dominante.
Quelles charcuteries portugaises possèdent une certification européenne ?
Plusieurs produits bénéficient d'une Indication géographique protégée (IGP) ou d'une Appellation d'origine protégée (AOP), parmi lesquels l'Alheira de Mirandela et le Fumeiro de Vinhais, à Trás-os-Montes, ainsi que diverses charcuteries de porc noir de l'Alentejo, comme le chouriço, le paio et la farinheira.

Sources

  1. Fumeiro de Vinhais — Wikipédia
  2. Histórias da Alheira de Mirandela — Câmara Municipal de Mirandela
  3. Alheira de Mirandela: a salsicha que salvou judeus — Observador