Patrimoine immatériel
Poterie Traditionnelle Portugaise
La poterie traditionnelle portugaise : savoir-faire de l'argile dans les centres potiers de Barcelos, Bisalhães, Nisa et Redondo, du Nord à l'Alentejo.
La poterie traditionnelle portugaise est l’un des savoirs artisanaux les plus anciens et les plus enracinés du territoire, un métier qui transforme l’argile humide en vaisselle utilitaire et décorative à travers le tour, le feu et la main experte du potier. Pratiquement transversale à tout le pays, l’activité potière a laissé des marques profondes dans la culture matérielle rurale, dans l’économie locale et dans les paysages de villages entiers dédiés au travail de l’argile. Dès le XIXe siècle, l’écrivain Ramalho Ortigão enregistrait la vitalité de centres comme Coimbra, Prado, Mafra, Redondo et Loulé, où naissaient des pots, des cruches et des jarres pour le quotidien domestique et agricole.
Le métier et la technique
Au cœur de la poterie se trouve le tour du potier, instrument dont l’origine remonte à des millénaires et qui, dans la tradition portugaise, se compose d’un établi, d’un axe central et d’un plateau tournant que l’artisan fait tourner pour élever la paroi de la pièce. À la modélisation au tour s’ajoutent des techniques plus anciennes de construction manuelle, avec des rouleaux et des plaques d’argile lissés à la main. Après séchage, la pièce est cuite au four, étape qui détermine sa couleur et sa résistance.
L’atmosphère de la cuisson distingue les grandes familles de la vaisselle portugaise. L’argile rouge, riche en fer et cuite en environnement oxydant, prend la teinte rougeâtre caractéristique et est parfois finie au brunissage, poli avec des galets lisses jusqu’à briller. L’argile noire ou noire naît, au contraire, d’une cuisson réductrice, avec une combustion pauvre en oxygène, qui assombrit la pâte et reçoit souvent une décoration incisée de motifs géométriques. La vaisselle vernissée subit une double cuisson, recevant entre elles des engobes, des oxydes métalliques et un verre transparent qui l’imperméabilise et lui confère de l’éclat.
Chaque centre potier a développé une grammaire propre de formes, de décorations et de gestes, de telle sorte que la vaisselle finie trahit souvent le village où elle a été moulée.
Les centres potiers, du Nord au Sud
La géographie de la poterie portugaise suit la disponibilité de l’argile et de l’eau. Dans le Minho, la poterie de Barcelos est l’une des plus reconnues, avec une tradition de vaisselle rouge, vernissée et de figurines populaires qui ont rendu célèbre le coq de Barcelos. À Trás-os-Montes, près de Vila Real, la poterie noire de Bisalhães préserve une argile noire fumée aux racines très anciennes, distinguée en 2016 par son inscription sur la Liste du Patrimoine Culturel Immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO.
Dans la Beira, la poterie de Nisa se distingue par sa vaisselle empierrée, incrustée de fragments de quartz blanc qui dessinent des motifs sur l’argile sombre. En Alentejo, la poterie de Redondo, aux côtés de São Pedro do Corval et de Viana do Alentejo, maintient une production de cruches, de jarres et de vaisselle domestique décorée de motifs floraux et de naïfs paysages ruraux. Cette vaisselle répondait historiquement au besoin de conserver et transporter l’eau, le vin et l’huile d’olive dans une région aux étés rigoureux.
Sauvegarde et transmission
La poterie traditionnelle fait partie de l’univers du patrimoine culturel immatériel portugais, entendu comme ensemble de savoirs et de pratiques transmis de génération en génération. Le métier fait cependant face à des fragilités reconnues : le vieillissement des potiers, la concurrence de la production industrielle et la perte des fonctions utilitaires de la vaisselle en argile. La réponse a passé par des musées de poterie, des routes de l’artisanat, des programmes de soutien au savoir-faire et par l’inscription d’éléments spécifiques dans des inventaires nationaux et internationaux. Plus que des objets, ce que l’on cherche à sauvegarder est la continuité d’un geste qui, dans de nombreux villages, fut pendant des siècles une forme de subsistance et d’expression identitaire.
Questions fréquentes
- Quels centres potiers traditionnels existent encore au Portugal ?
- Des noyaux actifs subsistent comme Barcelos et Bisalhães dans le Nord, Nisa dans la Beira, et Redondo, São Pedro do Corval et Viana do Alentejo dans le Sud, entre autres.
- La poterie portugaise est-elle reconnue par l'UNESCO ?
- La production de l'argile noire de Bisalhães a été inscrite en 2016 sur la Liste du Patrimoine Culturel Immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l'UNESCO.
- Quelle est la différence entre l'argile rouge et l'argile noire ?
- L'argile rouge cuite en atmosphère oxydante acquiert des tons rougeâtres ; l'argile noire résulte d'une cuisson réductrice, avec peu d'oxygène, qui assombrit la pièce.