Monuments

Aqueduc des Eaux Libres (Lisbonne)

L'Aqueduc des Eaux Libres à Lisbonne, grande œuvre hydraulique du XVIIIe siècle sous le règne de Jean V, avec le plus grand arc ogival en pierre de taille au…

Aqueduc des Eaux Libres (Lisbonne)
Portuguese_eyes, CC BY-SA 2.0 — Wikimedia Commons

L’Aqueduc des Eaux Libres est l’œuvre d’ingénierie hydraulique la plus ambitieuse du Portugal du XVIIIe siècle et l’une des images les plus reconnaissables de Lisbonne. Conçu pour résoudre la pénurie chronique d’eau potable dans la capitale, il transporte les eaux des sources de la région de Belas, dans la municipalité de Sintra, jusqu’au centre-ville, franchissant vallées et pentes sur des dizaines de kilomètres. Sa section la plus célèbre — l’arcade monumentale sur la vallée d’Alcântara — est devenue un symbole de l’ambition et de l’échelle du règne de Jean V.

Une commande royale

La construction fut ordonnée par décret royal de Jean V en 1731, financée en partie par une taxe spéciale sur les biens de consommation (le “real de água”). La direction initiale fut confiée à l’architecte italien António Canevari, mais le projet définitif est surtout dû à une succession d’ingénieurs et d’architectes militaires portugais, notamment Manuel da Maia et le sergent-major Custódio Vieira, responsable de la conception de la grande traversée de la vallée d’Alcântara à partir de 1736. Plus tard, l’architecte Carlos Mardel, d’origine hongroise, prit la direction des travaux et modifia une partie du tracé, fixant le réservoir terminal dans la zone des Amoreiras.

Les travaux se prolongèrent sur plusieurs décennies. Le canal principal, d’environ quatorze kilomètres, part de la Mère d’Eau Vieille, à Belas, et se termine au réservoir de la Mère d’Eau des Amoreiras, à Lisbonne ; en ajoutant les galeries et les ramifications de distribution, l’ensemble du système dépasse les cinquante kilomètres. Cette logique de captation, de conduite et de distribution fait de l’aqueduc l’une des plus remarquables œuvres publiques de la ville portugaise à l’époque moderne.

Le grand arc d’Alcântara

La traversée de la vallée d’Alcântara est le tronçon qui a rendu le monument célèbre. Sur environ 941 mètres, l’arcade est composée de dizaines d’arcs — certains en plein cintre, d’autres ogivaux — parmi lesquels se distingue le plus grand arc ogival en pierre de taille du monde, avec environ 65 mètres de hauteur et 29 mètres d’ouverture. Le choix de l’arc ogival, d’inspiration gothique, n’était pas décoratif : il permettait de franchir de plus grandes hauteurs avec une poussée latérale moindre, dans une solution structurelle ingénieuse pour la profondeur de la vallée.

Dans une ville qui allait être dévastée quelques années plus tard, l’aqueduc resta debout : le 1er novembre 1755, le grand séisme secoua Lisbonne sans causer de dommages significatifs à l’arcade, preuve éloquente de la qualité de la pierre de taille et du calcul structurel.

La solidité de l’œuvre lui permit de continuer à approvisionner la ville jusqu’en 1968. Cette résistance contraste avec la destruction qui s’abattit sur une grande partie du bâti lisboète et sur des monuments comme l’Église du Carmo, dont la ruine gothique reste un souvenir du tremblement de terre.

Langage baroque et classification

Stylistiquement, l’aqueduc s’inscrit dans le baroque joanien, bien que son expression soit plus sobre que celle de l’architecture religieuse contemporaine, privilégiant la clarté structurelle et la monumentalité. La Mère d’Eau des Amoreiras, vaste réservoir couvert par des voûtes en pierre, et les bornes et aérations le long du parcours traduisent ce langage sobre et puissant.

Classé Monument National depuis 1910, l’ensemble fait aujourd’hui partie du patrimoine muséologique de l’eau de Lisbonne, et il est possible de parcourir une partie de l’arcade et de visiter ses réservoirs. L’aqueduc figure également sur la Liste indicative portugaise au Patrimoine Mondial, reconnaissance de sa valeur universelle comme chef-d’œuvre de l’ingénierie hydraulique des Lumières. Il s’inscrit ainsi dans le riche patrimoine bâti de la région de Lisbonne et de la Vallée du Tage et dans la longue tradition des aqueducs portugais.

Questions fréquentes

Quel est le plus grand arc de l'Aqueduc des Eaux Libres ?
Le plus grand arc s'élève au-dessus de la vallée d'Alcântara et atteint environ 65 mètres de hauteur pour 29 mètres d'ouverture. Il est considéré comme le plus grand arc ogival en pierre de taille du monde.
L'aqueduc a-t-il résisté au tremblement de terre de 1755 ?
Oui. L'Aqueduc des Eaux Libres a survécu au tremblement de terre de 1755 sans dommages significatifs et a continué à approvisionner Lisbonne en eau jusqu'en 1968.
Peut-on visiter l'aqueduc ?
Oui. Il est possible de parcourir l'arcade sur la vallée d'Alcântara et de visiter la Mère d'Eau des Amoreiras, intégrés dans le circuit muséologique de l'eau de Lisbonne.

Sources

  1. Aqueduto das Águas Livres — Wikipédia
  2. SIPA / DGPC — Aqueduto das Águas Livres