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Statuaire et monuments commémoratifs

Statuaire publique et monuments commémoratifs au Portugal : des statues royales du XIXe siècle à la sculpture civique et à l'évocation historique dans l'espace…

Statuaire et monuments commémoratifs
Vitor Oliveira from Torres Vedras, PORTUGAL, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

La statuaire publique et les monuments commémoratifs constituent une typologie singulière du patrimoine : contrairement au château ou à l’église, ils ne naissent pas d’une fonction utilitaire ou liturgique, mais d’une volonté délibérée de mémoire. Ce sont des objets qui fixent dans l’espace urbain un visage, un fait d’armes ou une valeur collective, dialoguant avec la place, le jardin ou le belvédère qui les accueille. Lire un monument, c’est aussi lire l’époque qui a voulu l’ériger.

De la statue royale au monument civique

Le point de départ de la statuaire monumentale portugaise moderne est la statue équestre de José Ier (1775), modelée par Joaquim Machado de Castro pour le centre du Terreiro do Paço, au cœur de la Baixa reconstruite après le tremblement de terre. Royale, allégorique et profondément liée au programme pombalin, elle donne le ton à la sculpture qui suit : pendant une grande partie du XVIIIe siècle et au début du XIXe, commémorer, c’est avant tout exalter le souverain.

Le XIXe siècle déplace cet axe. Avec le libéralisme et l’affirmation d’une culture civique et nationale, le monument cesse d’évoquer seulement le roi pour célébrer la nation, ses héros littéraires et ses jalons historiques. La statue de Luís de Camões (1860-1867), de Vítor Bastos, sur la place du même nom, est exemplaire : payée par souscription publique, avec des contributions du Brésil et des anciennes colonies, elle transforme le poète en symbole collectif. Suivent le monument à Pierre IV au Rossio (1870), conçu par l’architecte français Davioud, et le Monument aux Restaurateurs (1886), qui évoque la Restauration de l’Indépendance de 1640 à travers les allégories de l’Indépendance et de la Victoire, de Simões de Almeida et Alberto Nunes.

Le XIXe siècle a inventé l’habitude de peupler les places de bronzes : chaque statue est, au fond, une thèse sur ceux qui méritent d’être commémorés.

Le naturalisme et l’école de Porto

Parallèlement à la commande officielle, la sculpture portugaise du XIXe siècle atteint sa maturité artistique avec ce que l’on appelle l’école naturaliste. António Soares dos Reis (1847-1889), figure tutélaire, a laissé des œuvres publiques telles que la statue d’Afonso Henriques à Guimarães et le monument à Brotero à Coimbra, conjuguant rigueur académique et émotion contenue. Son disciple le plus remarquable, António Teixeira Lopes (1866-1942), prolonge cette voie dans un registre intimiste qui marqua également la statuaire funéraire et commémorative du tournant du siècle. Cette tradition croise l’histoire plus large de la sculpture au Portugal, qui va des stèles préhistoriques à l’art contemporain.

Le monument comme instrument politique

Au XXe siècle, le régime de l’Estado Novo fit de la statuaire et du monument commémoratif un instrument de propagande et de construction d’un récit national. Le cas paradigmatique est le Padrão dos Descobrimentos, à Belém : érigé en 1940 en matériaux périssables pour l’Exposition du Monde portugais et reconstruit en pierre en 1960, lors du cinquième centenaire de la mort de l’infant Dom Henrique. Conçu par l’architecte Cottinelli Telmo et le sculpteur Leopoldo de Almeida, il évoque une caravelle stylisée peuplée de figures historiques, dans un « classicisme austère » qui devait beaucoup au Monument à Gonçalves Zarco (Funchal, 1927) de Francisco Franco.

Cette dimension idéologique explique pourquoi les monuments commémoratifs font aujourd’hui l’objet d’un débat public — sur ceux qu’ils célèbrent, ce qu’ils omettent et la manière dont ils doivent être interprétés. En tant que typologie du patrimoine bâti, la statuaire civique exige une double lecture : celle de la qualité artistique et celle du programme de mémoire qui l’a commandée. Nombre de ces ensembles figurent sur la liste des monuments du Portugal et jouissent d’une protection légale, ce qui les inscrit pleinement dans le patrimoine classé.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui distingue un monument commémoratif des autres sculptures ?
Le monument commémoratif est érigé dans l'espace public pour évoquer une personne, un événement ou une valeur collective. Contrairement à la sculpture de musée ou d'autel, il est lié à un lieu et à une intention civique de mémoire, souvent assortie d'inscriptions, de dates et d'allégories.
Quelle est la plus ancienne statue équestre de Lisbonne ?
La statue équestre du roi José Ier, au centre du Terreiro do Paço, inaugurée en 1775 et modelée par Joaquim Machado de Castro, est la référence fondatrice de la statuaire monumentale portugaise moderne.
Qui furent les principaux sculpteurs de la statuaire publique portugaise ?
Machado de Castro au XVIIIe siècle ; Vítor Bastos, Soares dos Reis et Teixeira Lopes au XIXe siècle ; et Francisco Franco et Leopoldo de Almeida au XXe siècle sont des noms centraux de la statuaire civique et commémorative au Portugal.

Sources

  1. A estatuária pública e a escultura monumental (síntese)
  2. Padrão dos Descobrimentos — Wikipédia
  3. Museu Nacional Soares dos Reis