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La sculpture portugaise

Panorama de la sculpture portugaise en pierre, bois et bronze, du gothique au néoclassique, avec Chanterene, João de Ruão et Joaquim Machado de Castro.

La sculpture portugaise
Donatas Dabravolskas, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

Au fil de huit siècles, la sculpture au Portugal a accompagné l’évolution des grands courants artistiques européens, les traduisant dans un langage propre où le calcaire, le bois polychrome, la terre cuite et le bronze ont servi tant la dévotion religieuse que la représentation du pouvoir. Plus qu’un ensemble d’œuvres isolées, elle constitue un parcours cohérent qui va de la statuaire médiévale anonyme jusqu’à l’affirmation de maîtres dotés d’un nom et d’un atelier propres.

Du Moyen Âge au gothique

La sculpture romane portugaise s’est manifestée surtout dans les chapiteaux, les tympans et les portails des églises, avec un répertoire figuratif schématique et fortement symbolique. C’est toutefois avec le gothique que la statuaire a gagné en autonomie et en expressivité. Les tombeaux royaux et seigneuriaux sont devenus le genre par excellence : les gisants de Pierre Ier et d’Inês de Castro, au monastère d’Alcobaça, et les tombeaux de la famille de Jean Ier dans le panthéon du monastère de Batalha figurent parmi les exemples les plus remarquables de la sculpture funéraire gothique de la péninsule Ibérique, alliant rigueur héraldique et attention croissante au détail naturaliste.

La Renaissance et le tournant manuélin

Le passage à l’ère moderne a vu l’arrivée de sculpteurs étrangers qui ont profondément renouvelé la pratique locale. Sous le règne de Manuel Ier, le programme décoratif du monastère des Hiéronymites a intégré sculpture et architecture dans un ensemble exubérant. C’est surtout à Coimbra que s’est fixé un foyer renaissant déterminant, avec deux maîtres d’origine française : Nicolau de Chanterene (v. 1485-1551), auteur du portail axial des Hiéronymites et des figures royales orantes, et João de Ruão (v. 1500-1580), responsable de retables et de chaires. On leur doit à tous deux l’introduction au Portugal du vocabulaire classique, de la sculpture funéraire humaniste et d’une imagerie d’inspiration italianisante.

La sculpture portugaise de la Renaissance est née, paradoxalement, de mains françaises : ce sont Chanterene et João de Ruão qui ont appris à la pierre nationale à parler la grammaire de l’Antiquité.

Baroque, sculpture sur bois doré et imagerie religieuse

Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, la sculpture s’est largement subordonnée aux grands programmes religieux. La sculpture sur bois doré — bois sculpté et revêtu d’or — a recouvert les retables et les chœurs, conjuguant architecture, sculpture et scénographie en un seul effet théâtral. Parallèlement a fleuri l’imagerie religieuse, avec des statues dévotionnelles en bois et en terre cuite polychromes, dans un registre d’un dramatisme intense, au geste éloquent et aux contrastes de lumière caractéristiques du baroque. Cette tradition du modelage en terre cuite trouve aujourd’hui un écho dans des formes populaires telles que les arts décoratifs portugais liés au santon.

Le néoclassicisme et Machado de Castro

Le point culminant de la sculpture portugaise de l’Ancien Régime fut atteint par Joaquim Machado de Castro (1731-1822). Né à Coimbra, il exécuta entre 1771 et 1775 la statue équestre de Joseph Ier pour la Praça do Comércio à Lisbonne, monument en bronze conçu dans le cadre de la reconstruction pombaline après le tremblement de terre de 1755. Machado de Castro fut aussi le premier sculpteur portugais à théoriser sur son art, laissant la Descripção analytica da execução da estatua equestre (1810), et il fonda une école qui forma toute une génération. Son héritage est aujourd’hui évoqué par le musée national Machado de Castro, à Coimbra, qui réunit l’une des plus riches collections de sculpture du pays.

Tout au long du XIXe siècle, la statuaire publique et le portrait ont consolidé la professionnalisation du sculpteur, ouvrant la voie à des noms tels qu’António Soares dos Reis et António Teixeira Lopes, qui prolongèrent, désormais dans une clé naturaliste et romantique, cette longue tradition.

Questions fréquentes

Qui fut le plus important sculpteur portugais de la période néoclassique ?
Joaquim Machado de Castro (1731-1822), auteur de la statue équestre de Joseph Ier sur la Praça do Comércio à Lisbonne et fondateur de la première école de sculpture portugaise.
Où peut-on voir la meilleure sculpture funéraire gothique du Portugal ?
Au monastère d'Alcobaça se trouvent les tombeaux de Pierre Ier et d'Inês de Castro, chefs-d'œuvre de la sculpture gothique du XIVe siècle au Portugal.
Quel matériau domine la sculpture baroque portugaise ?
Le bois sculpté et doré, connu sous le nom de talha dourada, utilisé dans les retables et l'imagerie religieuse, aux côtés de la terre cuite polychrome et du bronze monumental.

Sources

  1. Joaquim Machado de Castro — Wikipedia
  2. Nicolau de Chanterene — Wikipédia
  3. Escultura do Barroco — Wikipédia