Typologies
Phares
Les phares du Portugal : histoire de la signalisation maritime, de la Direction des Phares et du patrimoine bâti tout au long de la côte continentale, des…
Les phares constituent l’une des typologies les plus singulières du patrimoine bâti portugais : structures fonctionnelles, érigées pour garantir la sécurité de la navigation, qui au fil de cinq siècles sont devenues des repères identitaires du paysage littoral. Indissociables de la vocation atlantique du pays, ils ont accompagné l’Ère des Découvertes et, plus tard, l’intense route commerciale qui contourne le cap Saint-Vincent, l’un des carrefours maritimes les plus fréquentés de la planète.
Des feux de bois au réseau pombalin
Avant qu’un service organisé n’existât, la signalisation de la côte était rudimentaire et dispersée. Confréries, couvents et particuliers allumaient des feux de bois sur les hauteurs pour orienter les navires — pas toujours dans de bonnes intentions, car certains provoquaient délibérément des naufrages pour les piller. La première lumière régulière apparut en 1520, dans la tour du couvent de São Vicente, à l’extrémité sud-ouest de l’Algarve, auprès de ce qui est aujourd’hui la forteresse de Sagres.
Il fallut le pragmatisme des Lumières pour transformer des feux épars en un réseau délibéré au service de l’État et du commerce.
Le tournant décisif survint sous le marquis de Pombal. Le décret de 1758 ordonna l’édification de six phares sur la côte continentale, en confiant leur administration à la Junte du Commerce. Parmi eux figurait celui de Bugio, installé sur le fort de São Lourenço da Cabeça Seca, à l’embouchure du Tage, qui entra en service en 1775 et demeure en activité — exemple remarquable d’une fortification militaire reconvertie en appui à la navigation.
Forme, fonction et matériaux
L’architecture des phares se subordonne rigoureusement à la fonction : élever une source lumineuse suffisamment haut pour que sa portée vainque la courbure de l’horizon. D’où la prédominance de tours élancées, fréquemment en maçonnerie de pierre, à plan cylindrique, octogonal ou quadrangulaire. La peinture en bandes contrastées — blanc et rouge, blanc et bleu — n’est pas un ornement, mais un code diurne qui permet de distinguer chaque phare à la lumière du jour, complétant le rythme propre à chaque feu la nuit.
Le XIXe siècle apporta des avancées techniques qui rapprochent les phares d’une autre typologie de la modernité, l’architecture du fer, avec des structures métalliques, des lanternes vitrées et, surtout, l’optique dioptrique de Fresnel, qui multiplia la portée des feux. Le phare du cap Saint-Vincent, dont D. Maria II ordonna l’édification en 1846 et qui fut surélevé en 1908, reçut une optique hyper-radiante de 1330 mm de distance focale, la plus grande du pays et l’une des rares au monde, dont la portée dépasse les 30 milles nautiques.
Un réseau entre forteresses et archipels
Le lien entre phares et architecture défensive est récurrent dans le cas portugais. De nombreux signaux furent installés sur des pointes et des caps déjà occupés par des structures militaires, dialoguant avec la typologie des forts côtiers et des tours et tours de guet qui surveillaient le littoral. Bugio, Santa Marta à Cascais ou le cap Saint-Vincent illustrent bien cette superposition de fonctions de surveillance, de défense et d’orientation.
Depuis 1892, le réseau relève de la Marine, la gestion technique étant assurée par la Direction des Phares, créée en 1924 et aujourd’hui intégrée à la Direction générale de l’Autorité maritime. L’ensemble comprend une cinquantaine de phares — une trentaine sur le continent, seize aux Açores et sept à Madère —, auxquels s’ajoutent des centaines de feux secondaires, de bouées et de signaux sonores de brume. L’automatisation généralisée du XXe siècle dispensa des gardiens résidents, mais conféra à ces édifices un nouveau statut patrimonial : plusieurs sont aujourd’hui classés et certains, comme celui de Santa Marta, ont ouvert au public comme musées consacrés à cinq siècles d’histoire de l’éclairage de la côte portugaise, dans le cadre plus large des typologies du patrimoine bâti.
Questions fréquentes
- Quel est le plus ancien phare du Portugal ?
- La première lumière officielle régulière apparut dans la tour du couvent de São Vicente, au cap Saint-Vincent, en 1520. Parmi les phares encore en service, celui de Bugio, à l'embouchure du Tage, est l'un des plus anciens, entrant en service en 1775 à la suite du décret pombalin de 1758.
- Qui gère les phares portugais ?
- Depuis 1892, le réseau de phares relève de la Marine portugaise. La gestion technique incombe à la Direction des Phares, créée en 1924 et intégrée à la Direction générale de l'Autorité maritime.
- Combien de phares existe-t-il au Portugal ?
- La Direction des Phares exploite une cinquantaine de phares : une trentaine sur la côte continentale, 16 dans l'archipel des Açores et 7 à Madère, auxquels s'ajoutent des centaines de feux secondaires, de bouées et d'autres signaux de navigation.