Périodes & Styles
L'architecture du fer au Portugal
L'architecture du fer au Portugal : ponts, halles ferroviaires, marchés et ascenseurs du XIXe siècle qui ont marié la fonte et le verre, de Lisbonne à Porto.
L’architecture du fer constitue le chapitre le plus original de la construction portugaise du XIXe siècle. Née de la rencontre entre l’industrialisation et une ingénierie nouvellement formée, elle s’est traduite par une série d’édifices et de structures — ponts, halles ferroviaires, marchés, galeries et ascenseurs — où la fonte et le fer laminé cessèrent d’être un matériau caché pour devenir le langage même de l’œuvre. À la différence de la pierre, qui imposait la masse et le volume, le fer permettait de larges portées, l’élégance et l’entrée généreuse de la lumière, surtout lorsqu’il était marié au verre.
L’impulsion décisive vint avec ce qu’on a appelé le Fontismo, la politique de travaux publics associée à Fontes Pereira de Melo, qui dota le pays de chemins de fer, de routes et de ponts à partir des décennies 1850 et 1860. La nécessité de franchir de grands fleuves et de couvrir de vastes espaces de circulation trouva dans le fer la réponse technique que la maçonnerie ne donnait pas. En quelques décennies, le Portugal se dota de quelques-unes des plus remarquables structures métalliques de l’Europe de son temps.
Les ponts et les halles
À Porto, le fleuve Douro fut le théâtre de deux chefs-d’œuvre. Le pont Maria Pia, achevé en 1877 d’après le projet de la maison Gustave Eiffel, résolut la traversée ferroviaire par un arc central d’une remarquable élégance ; quelques années plus tard, en 1886, le pont Dom Luís Ier, de la firme de Théophile Seyrig, superposa deux tabliers sur un seul arc métallique et s’intègre aujourd’hui au centre historique de Porto classé par l’UNESCO. Ces réalisations, parmi d’autres, font des ponts métalliques l’un des legs les plus visibles de la période.
Le fer ne se borna pas à remplacer la pierre : il modifia l’échelle même du possible, permettant des couvertures qui semblaient suspendues dans les airs.
Les gares ferroviaires furent un autre territoire de prédilection. À Lisbonne, la gare du Rossio, de José Luís Monteiro, dissimula derrière une façade néo-manuéline une halle à structure métallique aux colonnes coiffées de chapiteaux corinthiens. À Porto, la gare de São Bento, de Marques da Silva, conjugua la meilleure tradition beaux-arts avec une vaste couverture de fer et de verre. Dans ces édifices, le fer fut souvent revêtu d’historicisme, inséré dans des enveloppes traditionnelles — une adaptabilité nouvelle dans l’histoire de l’architecture.
Marchés, galeries et ascenseurs
L’association du fer et du verre se révéla idéale pour les espaces qui exigeaient lumière et ventilation. Les marchés municipaux du XIXe siècle l’adoptèrent avec enthousiasme : le marché Ferreira Borges, à Porto, conçu par João Carlos Machado et achevé en 1888 sur un soubassement de granit, est l’un des rares exemplaires portugais du fer non lié aux transports, avec trois nefs desservies par des colonnes à chapiteaux corinthiens.
À Lisbonne, l’exemple le plus célèbre est l’ascenseur de Santa Justa, inauguré en 1902 d’après le projet de Raoul Mesnier du Ponsard. S’élevant comme une tour de fonte à six étages feints, frises et ogives, il est à la fois l’un des principaux témoignages du fer et du néo-gothique dans la ville. Il fonctionna d’abord à la vapeur, ne passant à la traction électrique qu’en 1907.
Un héritage entre l’ingénierie et l’art
Plus qu’un style, l’architecture du fer fut une attitude face à la construction, où l’ingénieur disputa à l’architecte le premier rôle dans l’œuvre. Ses réalisations s’inscrivent aujourd’hui dans le patrimoine industriel portugais et dialoguent avec les revivalismes du romantisme, qui leur prêtèrent souvent leur parure décorative. En révélant la beauté structurelle du métal, ces œuvres anticipèrent la voie que l’architecture moderne devait parcourir au siècle suivant.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que l'architecture du fer ?
- C'est l'ensemble des constructions du XIXe siècle qui ont adopté la fonte et le fer laminé, souvent associés au verre, comme élément structurel et expressif. Elle comprend des ponts, des halles ferroviaires, des marchés, des galeries et des ascenseurs édifiés surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle.
- Quels sont les exemples les plus importants au Portugal ?
- On retient notamment le pont Maria Pia et le pont Dom Luís Ier à Porto, le marché Ferreira Borges, les gares du Rossio et de São Bento, et l'ascenseur de Santa Justa à Lisbonne.
- Qui a conçu l'ascenseur de Santa Justa ?
- L'ingénieur Raoul Mesnier du Ponsard, auteur de plusieurs ascenseurs et funiculaires portugais. L'ascenseur de Santa Justa est entré en service en 1902.