Patrimoine immatériel
Indienne d'Alcobaça
L'indienne d'Alcobaça, tissu de coton imprimé de motifs floraux colorés, héritage de l'industrie textile des XVIIIe et XIXe siècles dans le district de Leiria.
L’indienne d’Alcobaça est un tissu de coton imprimé de motifs aux couleurs vives — surtout floraux — qui est devenu l’un des emblèmes les plus reconnaissables de la culture populaire portugaise. Le terme chita dérive du sanskrit chitra (« dessin », « peinture »), par l’intermédiaire du néo-indo-aryen chint, et désignait à l’origine les cotonnades peintes et imprimées de l’Inde. Ce sont les navigateurs portugais qui, à partir du XVIe siècle, rapportèrent ces tissus en Europe, où ils connurent un immense succès aux XVIIe et XVIIIe siècles, tant pour la décoration que pour l’habillement. À Alcobaça, dans le district de Leiria, ce goût rencontra une tradition locale de tissage pour donner naissance à un produit doté d’une identité propre.
De l’Inde à Alcobaça
La vocation textile d’Alcobaça est ancienne : on trouve des traces d’une industrie domestique de tissage dès la première moitié du XVIe siècle, sur un territoire dont la vie économique fut pendant des siècles façonnée par les moines cisterciens du Mosteiro de Alcobaça. Ce fut toutefois dans le contexte des politiques industrielles du marquis de Pombal que la région s’affirma comme centre manufacturier. La première fabrique de draps d’Alcobaça fut fondée en 1774 et, en 1779, intégra la Junte d’administration des Fabriques du Royaume. Dès lors et jusqu’au milieu du XIXe siècle, Alcobaça fut considérée comme l’un des plus importants centres de filature, de tissage et d’impression du coton du pays.
La fascination européenne pour l’indienne ne fut pas seulement esthétique : elle fut un moteur d’innovation industrielle. Imiter les cotonnades indiennes obligea l’Europe à développer ses propres techniques de filature, de tissage et d’impression, processus auquel Alcobaça participa activement.
Motifs et technique
L’indienne d’Alcobaça se caractérise par des motifs très colorés, d’influence indo-européenne, qui se déploient souvent en larges bandes. On y voit défiler fleurs, fruits tropicaux, oiseaux exotiques, animaux, figures humaines, cornes d’abondance, amphores et nids, dans un répertoire décoratif exubérant et inimitable. L’impression se faisait à la main, en appliquant les teintures à l’aide de cachets ou de blocs de bois gravés — une technique d’impression en relief apparentée à celle qu’on utilisait pour d’autres textiles imprimés européens. Chaque couleur exigeait un cachet différent et un passage distinct sur l’étoffe, dans un travail minutieux qui rapproche cet art de la gravure.
Commerce et déclin
L’impression nationale occupa une part importante des exportations portugaises des XVIIIe et XIXe siècles, le Brésil étant la destination principale. L’indienne habilla maisons et personnes des deux côtés de l’Atlantique, et son motif floral finit par s’enraciner profondément dans la culture brésilienne, où il demeure synonyme de fête et d’identité populaire. Au Portugal, l’industrialisation concurrentielle, l’importation de tissus moins chers et l’évolution des goûts conduisirent au déclin de la production traditionnelle au cours du XXe siècle.
Aujourd’hui, l’indienne survit surtout comme référence culturelle et objet de revalorisation. Elle est rééditée en tissus décoratifs, réinterprétée par des designers et des stylistes et mobilisée dans des initiatives de promotion du territoire, maintenant Alcobaça associée à ce chapitre de l’histoire textile portugaise. Elle s’inscrit ainsi dans l’ensemble des arts décoratifs portugais et dialogue avec d’autres expressions du patrimoine culturel immatériel du Portugal, où le savoir-faire manuel et le goût du motif — visible aussi dans la tradition des broderies traditionnelles portugaises — s’affirment comme des traits de longue durée de la culture matérielle du pays.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que l'indienne d'Alcobaça ?
- C'est un tissu de coton imprimé de motifs très colorés, surtout floraux, associé à l'industrie textile qui a prospéré à Alcobaça à partir de la fin du XVIIIe siècle. Elle se distingue par ses motifs de fleurs, de fruits, d'oiseaux et de cornes d'abondance, souvent disposés en larges bandes.
- D'où vient le mot chita ?
- Il dérive du sanskrit chitra, qui signifie dessin ou peinture, par l'intermédiaire du terme néo-indo-aryen chint. Il désignait à l'origine les tissus de coton peint ou imprimé importés de l'Inde, que les Portugais commencèrent à rapporter en Europe à partir du XVIe siècle.
- L'indienne d'Alcobaça est-elle encore produite ?
- La production industrielle à grande échelle s'est éteinte, mais l'indienne survit comme une icône de la culture populaire portugaise, rééditée en tissus décoratifs et réinterprétée dans la mode, le design et l'artisanat, Alcobaça gardant son nom lié à ce patrimoine textile.