Typologies

Marchés municipaux

Les marchés municipaux portugais : des halles aux denrées en fer, verre et béton édifiées entre le XIXe siècle et le milieu du XXe, du Bolhão à la Ribeira.

Marchés municipaux
Vitor Oliveira from Torres Vedras, PORTUGAL, CC BY-SA 2.0 — Wikimedia Commons

Le marché municipal est l’une des typologies qui exprime le mieux la transformation des villes portugaises entre le XIXe siècle et le milieu du XXe. Remplaçant les foires en plein air, les ventes ambulantes et les halles aux denrées improvisées, ces bâtiments permanents concentrèrent en un seul lieu le commerce des produits frais — poisson, viande, légumes, fruits et fleurs — sous la tutelle des municipalités. Plus que des infrastructures commerciales, ils devinrent des repères urbains : ils occupèrent des positions centrales, ordonnèrent les avenues et les places autour d’eux et s’inscrivirent dans la mémoire collective comme des lieux de sociabilité et d’identité locale.

Du fer du XIXe siècle au béton moderne

L’essor du marché couvert suivit de près l’industrialisation et la disponibilité de nouveaux matériaux. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Lisbonne se dota d’un réseau de marchés municipaux — Santa Clara (1877), São Bento (1881), Ribeira (1882) ainsi que la Praça da Figueira et Belém (1885) —, tandis que villes et bourgs suivirent l’exemple des capitales. Dans ces premières générations, la fonte et le fer laminé, mariés au verre et reposant sur des soubassements de granit ou de pierre de taille, offrirent ce que la maçonnerie traditionnelle ne donnait pas : de vastes portées, de la sveltesse et une lumière abondante, indispensables à des espaces exigeant ventilation et hygiène. Ils constituent, en ce sens, l’un des chapitres les plus caractéristiques de l’architecture du fer au Portugal, au même titre que les halles ferroviaires et les ponts métalliques.

Peu de typologies révèlent aussi bien le passage du fer au béton : le marché fut, pendant des décennies, le laboratoire où l’on expérimenta les techniques constructives qui allaient définir l’architecture du XXe siècle.

La première moitié du XXe siècle déplaça l’expérimentation vers le ciment et le béton armé. Le Mercado do Bolhão, à Porto, conçu par Correia da Silva et construit entre 1914 et 1917, illustre la transition : de plan rectangulaire et à cour centrale, de goût éclectique et d’influence Beaux-Arts, il combina structures métalliques, béton armé, bois et granit. Quant à la rénovation moderniste de marchés comme celui de la Ribeira et celui d’Arroios, à Lisbonne, ou ceux de Tavira, Lagos, Barcelos et Viana do Castelo, elle fit du béton la matière de couvertures d’avant-garde, intégrant ces bâtiments au patrimoine de l’architecture moderne portugaise.

Une typologie entre le commerce et la ville

La valeur des marchés municipaux ne réside pas seulement dans leur architecture. En tant qu’équipements d’approvisionnement, ils structurèrent le quotidien urbain et la relation entre producteurs et consommateurs ; en tant qu’espaces publics, ils engendrèrent rues, places et flux qui façonnèrent le dessin des villes. Leur localisation centrale et la monumentalité de leurs façades leur conférèrent un statut civique que peu de bâtiments commerciaux atteignirent. C’est pourquoi plusieurs figurent aujourd’hui sur des listes de classement patrimonial — le Bolhão fut homologué comme immeuble d’intérêt public en 2006 — et s’inscrivent dans le patrimoine industriel et constructif du pays.

Aujourd’hui, les marchés municipaux demeurent présents sur presque tout le territoire national. Beaucoup ont fait l’objet d’une réhabilitation qui chercha à concilier la fonction d’origine avec de nouveaux usages — restauration, événements, tourisme —, dans un équilibre délicat entre la mémoire de l’approvisionnement traditionnel et les exigences de la ville contemporaine. En tant que typologie, ils dialoguent avec d’autres formes du patrimoine bâti urbain et partagent avec les gares ferroviaires la même généalogie de fer, de verre et de lumière qui définit l’architecture utilitaire du XIXe siècle.

Permanence et réinvention

Le parcours des marchés municipaux résume, à petite échelle, l’histoire de la construction portugaise moderne : du fer importé au béton national, du programme hygiéniste du XIXe siècle à la valorisation patrimoniale de nos jours. Réhabilités, redécouverts et réinventés, ils restent des lieux où la ville se reconnaît — des espaces où l’architecture, le commerce et la vie quotidienne demeurent indissociables.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un marché municipal ?
C'est un équipement d'approvisionnement et de commerce de détail, géré ou réglementé par la municipalité, destiné à la vente de produits frais. Au Portugal, il s'est affirmé entre le XIXe siècle et le milieu du XXe, remplaçant les foires en plein air par des bâtiments permanents devenus des repères urbains.
Quels sont les marchés municipaux portugais les plus connus ?
Parmi ceux du XIXe siècle se distinguent le Mercado do Bolhão, à Porto, ainsi que les marchés de la Ribeira et de Santa Clara, à Lisbonne ; parmi ceux du XXe siècle, les marchés de la Ribeira (rénové), d'Arroios, de Tavira, de Lagos, de Barcelos et de Viana do Castelo, plusieurs d'entre eux références de l'architecture moderne.
Quels matériaux caractérisent ces bâtiments ?
Les marchés du XIXe siècle recoururent surtout à la fonte et au fer laminé combinés au verre et à la maçonnerie de granit ; ceux du XXe siècle explorèrent le ciment armé et le béton, qui permirent de vastes couvertures et des portées libres.

Sources

  1. Mercado municipal — Wikipédia
  2. Mercado do Bolhão — Wikipédia
  3. Mercado do Bolhão — SIPA / Monumentos.gov.pt