Typologies

Pelourinhos

Les pelourinhos portugais : colonnes de pierre marquant l'autonomie des municipalités, instrument de justice et symbole du pouvoir municipal.

Pelourinhos
Johann Moritz Rugendas, CC0 — Wikimedia Commons

Le pelourinho est l’une des typologies les plus caractéristiques du paysage urbain des villages portugais : une colonne de pierre — rarement en bois — érigée dans un lieu public, généralement au centre de la place principale, face à la mairie ou à l’église paroissiale. Malgré sa modeste échelle, c’était le signe le plus éloquent de la dignité municipale, condensant en un seul élément les idées de justice, juridiction et autonomie qui distinguaient une communauté dotée de son propre gouvernement.

Symbole de l’autonomie municipale

L’historiographie classique, d’Alexandre Herculano à Teófilo Braga, faisait remonter le pelourinho à la columna moenia romaine, qui distinguait les villes bénéficiant de certains privilèges. Au Portugal, sa diffusion accompagne l’affirmation des municipalités médiévales : posséder un pelourinho équivalait à avoir une charte et, avec elle, le droit d’administrer la justice sur son territoire. Ce n’étaient pas seulement les villages royaux qui l’exhibaient — les grands seigneurs, évêques, chapitres et monastères l’érigeaient également dans leurs domaines, comme preuve matérielle de la juridiction qu’ils exerçaient.

Plus qu’un monument décoratif, le pelourinho était un espace civique en fonctionnement. À ses côtés, on lisait les proclamations officielles, on annonçait les édits royaux, on adjugeait des fermages et des propriétés aux enchères publiques. La colonne marquait physiquement le cœur administratif de la communauté.

Contrairement à un château ou à une cathédrale, le pelourinho ne protège ni ne célèbre : il ordonne. C’est la traduction en pierre d’une idée politique — celle que cette terre se gouverne elle-même et a le droit de juger les siens.

Justice et châtiment public

L’aspect le plus sombre de cette typologie est sa fonction pénale. Le pelourinho était le lieu de l’exposition infamante : les condamnés pour délits mineurs y étaient attachés, à la vue de tous, pour subir le mépris public, parfois retenus par des anneaux ou des chaînes encore visibles aujourd’hui sur certains fûts. Les exécutions capitales, elles, se faisaient généralement au gibet, mais le rituel d’humiliation commençait souvent au pied de la colonne. C’est précisément cette charge symbolique d’oppression qui, à partir de l’instauration du libéralisme en 1834, a conduit à la destruction délibérée de nombreux pelourinhos, alors considérés comme des emblèmes d’un pouvoir arbitraire à abolir.

Types et langages artistiques

Structurellement, le pelourinho se compose de trois éléments : une base échelonnée, un fût ou colonne et un couronnement. C’est surtout dans le couronnement que s’exprime la diversité artistique de la typologie, classée par les chercheurs en variantes comme la cage, la quenouille, la pomme de pin et la boule. Stylistiquement, on connaît des exemplaires romans et gothiques, mais le grand moment de la typologie coïncide avec le règne de D. Manuel Ier et sa vaste réforme des chartes, au début du XVIe siècle : de nombreuses villes ont profité de la nouvelle charte pour ériger des pelourinhos sculptés dans le langage exubérant du style manuélin, avec des torsades hélicoïdales, des sphères armillaires et la croix de l’Ordre du Christ — des développements décoratifs hérités de l’architecture gothique au Portugal et déjà ouverts à la première Renaissance.

Cette densité ornementale a fait de certains pelourinhos de véritables œuvres de sculpture urbaine. Le pelourinho d’Évora, sur la place Santa Clara, compte parmi les exemplaires les plus remarquables, mais pratiquement chaque village historique conserve le sien, souvent comme l’objet le plus ancien encore in situ de sa place. Tout comme la remarquable Domus Municipalis de Bragança, le pelourinho fait partie des témoignages matériels du municipalisme portugais, aidant à lire, dans l’espace public, la longue histoire de ses libertés locales.

La reconnaissance patrimoniale de cette typologie a été précoce et large : le décret n° 23.122 du 11 octobre 1933 a ordonné de classer comme Monument d’Intérêt Public tous les pelourinhos du territoire national qui n’étaient pas encore protégés, sauvegardant en bloc un ensemble qui, par sa dispersion et sa quantité, aurait difficilement pu être préservé cas par cas. On peut explorer cette et d’autres catégories du bâti à travers les typologies du patrimoine bâti.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un pelourinho ?
Une colonne de pierre érigée dans un lieu public, généralement sur la place principale du village, symbolisant la juridiction et l'autonomie de la municipalité et près de laquelle les condamnés étaient exposés et punis publiquement.
Pourquoi existe-t-il tant de pelourinhos de style manuélin ?
La réforme des chartes menée par D. Manuel Ier au début du XVIe siècle a conduit de nombreuses villes à ériger ou refaire leur pelourinho en pierre pour marquer la nouvelle charte, multipliant les exemplaires sculptés dans le langage décoratif manuélin.
Les pelourinhos sont-ils protégés par la loi ?
Oui. Le décret n° 23.122 du 11 octobre 1933 a classé en bloc tous les pelourinhos du territoire national qui n'étaient pas encore protégés, leur reconnaissant le statut de Monument d'Intérêt Public.

Sources

  1. Pelourinho — Wikipédia
  2. Pillory — Wikipedia
  3. Pelourinhos da Beira Interior (Açafa, n.º 6)