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Périodes & Styles

Style manuélin

Le style manuélin : l'architecture du règne de D. Manuel Ier (1495-1521), gothique tardif financé par l'Expansion, à l'ornementation nautique, naturaliste et royale.

Questions fréquentes Sources
Style manuélin
Vitor Oliveira from Torres Vedras, PORTUGAL, CC BY-SA 2.0 — Wikimedia Commons
Construction
c. 1490-1540
Style
Manuelino

Le style manuélin est l’expression artistique du gothique tardif portugais, développée surtout sous le règne de D. Manuel Ier, le Fortuné (1495-1521), et prolongée quelques décennies après sa mort. Plus qu’une architecture nouvelle, il s’agit d’un langage essentiellement décoratif et sculptural, appliqué sur des structures d’origine gothique qui, dans une période de prospérité alimentée par les Grandes découvertes, se couvrent d’un ornement dense, exubérant et profondément symbolique.

Aucune autre époque n’a donné au Portugal un langage aussi reconnaissable. L’architecture manuéline est, à proprement parler, moins un style autonome qu’un moment : l’instant où le gothique finissant rencontre la richesse et l’imaginaire de la première mondialisation — et la première signature architecturale véritablement portugaise.

Origine du terme

La désignation n’est pas contemporaine : elle ne fut proposée qu’en 1842 par l’historien luso-brésilien Francisco Adolfo Varnhagen, dans sa Notícia Histórica e Descriptiva do Mosteiro de Belém, qui associa le style au monarque sous le règne duquel il connut son apogée. Commode, l’étiquette tend à suggérer une unité que le phénomène ne possède pas : le manuélin n’est pas un ordre architectural doté de règles propres, mais plutôt un répertoire ornemental qui se superpose à des solutions structurelles héritées de l’architecture gothique et, ponctuellement, déjà perméables à la première Renaissance.

Un gothique tardif, mais pas seulement

Structurellement, le manuélin est gothique : arcs brisés, voûtes à nervures, contreforts. La nouveauté réside dans l’ornementation, qui croît sur ces éléments jusqu’à les transformer. Sur une base de gothique flamboyant se greffent des éléments platéresques et des influences mudéjares et orientales, donnant lieu à une profusion de motifs qui célèbrent à la fois la foi, la monarchie et l’aventure maritime.

Vocabulaire décoratif

L’originalité du manuélin tient à son programme iconographique.

Pour la première fois dans l’art européen, la mer cesse d’être un arrière-plan pour devenir matière décorative : cordages, nœuds, ancres, coquillages, coraux et algues envahissent portails et voûtes, comme si la pierre avait été pêchée dans l’océan.

Aux câbles et nœuds de marin s’ajoutent des éléments naturalistes — artichauts, pommes de pin, chardons, feuillages, faune exotique — et les grands emblèmes du pouvoir royal, au premier rang desquels la sphère armillaire, devise personnelle de D. Manuel, et la croix de l’ordre du Christ. Les colonnes torses, les arcs polylobés et les encadrements végétaux complètent un système qui privilégie l’effet plastique et la richesse de la surface à la clarté de la structure.

La richesse qui le finance

Le manuélin est inséparable de son économie. Les grands chantiers du règne — les Hiéronymites, Tomar, le monastère de Batalha dans sa phase finale, la tour de Belém — furent payés avec l’or et les épices des routes océaniques ouvertes par l’Expansion. L’ornementation nautique n’est pas une décoration innocente : c’est de la propagande, l’inscription du projet impérial dans la pierre des églises.

Synthèse de mondes

Ce qui rend le manuélin fascinant est son hybridité. Y cohabitent le gothique flamand, le plateresque castillan, des échos mudéjares et, parfois, des motifs venus d’Inde et d’Afrique du Nord que les artistes réinterprètent. C’est l’architecture d’un pays qui, en quelques décennies, se trouva en contact avec presque tout le monde connu — et qui a inscrit ce vertige dans la matière même de ses monuments.

Les grands monuments et leurs maîtres

Le manuélin s’affirme dans des œuvres d’exception, dues à un ensemble remarquable de maîtres. Le monastère des Hiéronymites, à Belém, commencé par Diogo Boitaca et poursuivi par João de Castilho, offre dans son portail sud et son cloître la synthèse la plus complète du style. Tout près, la tour de Belém, dessinée par Francisco de Arruda, associe la tradition militaire à des loggias et des créneaux décoratifs d’inspiration marocaine.

À Tomar, la célèbre fenêtre du Chapitre du couvent du Christ, attribuée à Diogo de Arruda, porte le motif de la corde et de la sphère armillaire à la limite de la virtuosité sculpturale. C’est le manifeste du style : un enchevêtrement de pierre qui transforme le mur en un instant d’exubérance maîtrisée. Au monastère de Batalha, Mateus Fernandes signe le portail des Chapelles inachevées, où la dentelle de pierre atteint une densité presque obsessionnelle. À ces réalisations s’ajoutent des interventions sur des églises, des portails et des cloîtres à travers tout le royaume, de l’Algarve au Trás-os-Montes.

Fin et héritage

Vers 1540, la progression de la Renaissance classique, plus sobre et rationnelle, rendit le manuélin obsolète. Ne durant guère plus d’une génération, c’est un style datable presque à la décennie : le rencontrer, c’est se situer avec précision dans le bref et éblouissant apogée de la Renaissance portugaise.

Le style demeura pourtant dans la mémoire nationale comme l’expression artistique de l’âge d’or des Grandes découvertes. Au XIXe siècle, le mouvement romantique en reprit le vocabulaire dans le style néomanuélin, qui orna gares, palais et pavillons de citations de la grammaire du XVIe siècle. Aujourd’hui, le manuélin est reconnu comme l’une des contributions les plus originales du Portugal à l’histoire de l’art européen.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le style manuélin ?
C'est l'expression portugaise du gothique tardif, développée surtout sous le règne de D. Manuel Ier (1495-1521) : des structures gothiques recouvertes d'un décor dense, nautique, naturaliste et héraldique, financé par la richesse de l'expansion maritime.
Qui a créé la désignation « manuélin » ?
Le terme fut forgé par l'historien luso-brésilien Francisco Adolfo Varnhagen en 1842, dans son ouvrage sur le monastère des Hiéronymites, en hommage au roi D. Manuel Ier, sous le règne duquel le style fleurit.
Quels sont les principaux motifs décoratifs du manuélin ?
Dominent les motifs nautiques et naturalistes — cordages, nœuds, ancres, coquillages, coraux, algues, chardons et faune exotique — auxquels s'ajoutent des symboles royaux comme la sphère armillaire et la croix de l'ordre du Christ.
Quels sont les monuments manuélins les plus emblématiques ?
Le monastère des Hiéronymites et la tour de Belém, à Lisbonne, la fenêtre du chapitre du couvent du Christ, à Tomar, et les Chapelles inachevées du monastère de Batalha.

Sources

  1. Estilo manuelino — Wikipédia
  2. Manueline — Wikipedia
  3. Manuelino — Infopédia, Porto Editora