Périodes & Styles

Art Déco au Portugal

L'Art Déco au Portugal : le langage géométrisé des années 1920 et 1930 dans l'architecture, le mobilier et les arts graphiques, de Lisbonne à Porto.

Art Déco au Portugal
Eugenio Hansen, OFS, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

L’Art Déco désigne le goût décoratif international qui s’affirma à partir de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, tenue à Paris en 1925, et qui marqua l’esthétique des années 1920 et 1930. Il se caractérise par la géométrisation des formes, la symétrie, le recours à des frises, bas-reliefs et motifs stylisés — rayons solaires, zigzags, fontaines, figures élancées — et par une alliance entre le raffinement artisanal et la nouvelle confiance dans la machine et la vitesse. Au Portugal, ce vocabulaire fut accueilli avec enthousiasme et se diffusa des maisons unifamiliales aux immeubles de rapport, cinémas, hôtels et bâtiments publics.

Un langage de transition

L’Art Déco portugais occupe une place charnière entre l’Art Nouveau, de caractère organique et fin-de-siècle, et le modernisme épuré qui s’imposerait dans la décennie suivante. De nombreux architectes se formèrent aux Écoles des Beaux-Arts de Lisbonne et de Porto, encore dans la tradition académique des Beaux-Arts, mais entrèrent en contact avec les avant-gardes — l’Exposition de 1925 elle-même servit de point de bascule pour plusieurs d’entre eux. Il en résulte une architecture qui conserve la composition classique et le sens monumental, mais troque l’ornement historique pour un décor géométrique et abstrait.

L’Art Déco fut, dans une large mesure, le premier style véritablement global, et au Portugal il se traduisit moins par une rupture que par un compromis élégant entre l’héritage académique et le désir de modernité.

Le Portugal ne fut pas officiellement représenté à l’Exposition de 1925, mais l’art portugais y marqua sa présence à travers le sculpteur açorien Ernesto Canto da Maia, qui y reçut un diplôme d’honneur. L’événement, malgré tout, laissa une empreinte durable dans la culture visuelle nationale, nourrie aussi par la circulation de revues, de cinéma et d’objets importés.

Œuvres et protagonistes

La figure la plus associée à l’Art Déco portugais est Cassiano Branco (1897–1970), architecte solitaire et inventif dont l’œuvre condense la théâtralité du style. Il est l’auteur du projet du Ciné-théâtre Éden, sur la Praça dos Restauradores à Lisbonne — conçu vers 1931 et inauguré en 1937, après que l’auteur s’en soit éloigné et que l’œuvre ait été achevée par Carlos Florêncio Dias — et de l’Hôtel Vitória, sur l’Avenida da Liberdade, inauguré en 1936. À Porto, il conçut le Colisée, achevé en 1939, l’une des grandes salles de spectacle de la ville.

À Porto, José Marques da Silva — auteur de la Gare de São Bento — signa la Maison de Serralves, construite pour le deuxième Comte de Vizela entre 1925 et 1944. La villa, aujourd’hui cœur du musée de Serralves, est un cas rare d’œuvre Déco intégrale au Portugal, bénéficiant de l’intervention de figures parisiennes de premier plan, comme l’architecte Charles Siclis, l’ébéniste Jacques-Émile Ruhlmann, le verrier René Lalique et le ferronnier d’art Edgar Brandt.

Le style ne se limita pas aux œuvres d’auteur. Il se diffusa dans les ciné-théâtres de province, les marchés municipaux, les façades d’immeubles et établissements commerciaux, contribuant à une certaine image urbaine des années 30 et 40. Les ciné-théâtres et kiosques constituent d’ailleurs l’un des domaines où le goût Déco a le mieux survécu.

Déclin et héritage

À partir du milieu des années 1930, l’Art Déco fut absorbé et progressivement remplacé. D’un côté, par le modernisme international à ligne horizontale ; de l’autre, par la rhétorique monumentale et nationaliste de l’architecture de l’Estado Novo, qui récupéra des références traditionnelles portugaises. Le vocabulaire Déco connut encore de brefs resurgissements dans les années 1950 et 1960.

Son héritage reste visible dans tout le pays et fait aujourd’hui l’objet d’une valorisation patrimoniale croissante, avec des œuvres reconnues internationalement parmi les plus remarquables exemples du style. Plus qu’un intermède, l’Art Déco fut au Portugal la première grande expérience de modernité architecturale — joyeuse, décorative et cosmopolite —, qui prépara le terrain aux ruptures à venir. Pour situer ce moment dans l’arc plus large de l’histoire construite du pays, consultez la panoramique des périodes et styles de l’architecture portugaise.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui distingue l'Art Déco du modernisme architectural ?
L'Art Déco maintient un fort investissement décoratif, avec des motifs géométriques, des frises et des bas-reliefs appliqués à des volumes encore symétriques, tandis que le modernisme radical épure l'ornement et privilégie la fonction et la ligne horizontale. Au Portugal, les deux ont coexisté dans les années 30, parfois dans la même œuvre.
Quels sont les exemples les plus connus d'Art Déco au Portugal ?
Le Ciné-théâtre Éden et l'Hôtel Vitória à Lisbonne, le Colisée de Porto et la Maison de Serralves, à Porto, comptent parmi les œuvres les plus emblématiques du goût Déco portugais.
Qui fut le principal architecte de l'Art Déco au Portugal ?
Cassiano Branco (1897–1970) est la figure la plus associée à l'Art Déco portugais, auteur de l'Éden et de l'Hôtel Vitória, bien que le style se soit diffusé chez de nombreux autres concepteurs et dans tout type de bâtiments.

Sources

  1. Art déco — Wikipédia
  2. Cassiano Branco — Wikipédia
  3. Casa de Serralves — Wikipedia
  4. Art Déco 1925 — Museu Calouste Gulbenkian