Thèmes

Azulejo de façade

L'azulejo de façade a revêtu des milliers d'édifices urbains portugais au XIXe siècle, de Porto à Lisbonne, dans un dialogue entre le Portugal et le Brésil.

Azulejo de façade
Dale Cruse - 10M views from San Francisco, CA, USA, CC BY 4.0 — Wikimedia Commons

L’azulejo de façade est l’une des marques les plus reconnaissables du paysage urbain portugais : des milliers d’édifices de Porto, de Lisbonne, d’Aveiro, d’Ovar ou de Viana do Castelo se présentent entièrement revêtus de céramique vernissée, avec des motifs répétés qui jouent avec la lumière, la couleur et le reflet. Il s’agit d’un phénomène essentiellement du XIXe siècle, qui a retiré l’azulejo de l’intérieur des églises et des palais — où il régnait depuis le XVIe siècle — pour le transférer vers l’extérieur de la maison ordinaire, au service d’une ville nouvelle, bourgeoise et industrielle.

Origine et la question des « brasileiros »

La généralisation des façades couvertes d’azulejos se situe quelque part entre les années 1830 et 1840, prenant une ampleur considérable dans la seconde moitié du siècle. L’explication traditionnelle renvoie aux fameux « brasileiros » — émigrés portugais enrichis au Brésil qui, après l’indépendance de l’ancienne colonie en 1822, seraient revenus en important une habitude constructive plus courante de l’autre côté de l’Atlantique, où la céramique protégeait déjà les murs extérieurs contre l’humidité.

La recherche la plus récente nuance ce récit. Le goût du revêtement extérieur s’est affirmé surtout comme un phénomène urbain et cosmopolite, avec une forte expression tant à Porto qu’à Lisbonne, et pas toujours dépendant du retour individuel d’émigrés. Ce qui est certain, c’est l’inversion d’un trafic artistique : pendant des siècles, le Portugal avait exporté l’azulejo vers le Brésil ; au XIXe siècle, la mode des façades revêtues traverse les deux rives de l’Atlantique dans un dialogue constant.

L’azulejo de façade ne fut pas seulement une décoration : il fut la première réponse de masse à un problème concret — protéger et dignifier, à bas coût, la façade de la maison bourgeoise dans une ville en croissance rapide.

La production industrielle

Le succès de l’azulejo de façade tient à l’industrialisation de la céramique. Le recours à des techniques semi-industrielles, surtout le pochoir et le pressage mécanique avec des matrices métalliques importées, a permis de produire en masse l’azulejo de motif, à bas coût, capable de couvrir des murs entiers avec des bordures délimitant portes et fenêtres.

À Porto et à Vila Nova de Gaia ont prospéré des fabriques comme Massarelos, Miragaia, Carvalhinho et Santo António do Vale da Piedade. Parmi toutes, s’est distinguée la Fábrica de Cerâmica das Devesas, fondée au milieu des années 1860 à Gaia, qui devint le plus grand producteur national de céramique appliquée à l’architecture et domina le secteur jusque vers 1915. À Lisbonne et ses environs, ont produit pour la façade la Viúva Lamego, la Fábrica da Roseira, la Constância et la grande Fábrica de Sacavém. Ce dense réseau de fabriques explique pourquoi le Nord et la capitale sont devenus les deux grands pôles du revêtement d’azulejos extérieur.

Styles, déclin et protection

Les premiers revêtements ont eu recours à des motifs géométriques et floraux d’origine romantique, proches de la tradition de l’azulejo bleu et blanc, mais se sont rapidement diversifiés avec des reliefs, des biseaux et des polychromies intenses. Au tournant du siècle, le goût de l’Art nouveau a renouvelé le répertoire, avec des panneaux figuratifs et des compositions d’inspiration végétale qui ponctuent encore aujourd’hui des rues entières.

Au cours du XXe siècle, de nombreuses façades se sont dégradées ou ont été détruites, et la vente d’azulejos anciens a alimenté un commerce qui a vidé des édifices entiers. La prise de conscience patrimoniale, portée par des mouvements comme SOS Azulejo, a culminé avec la loi nº 79/2017, qui a soumis à autorisation le retrait d’azulejos de façade. Aujourd’hui, ce patrimoine est étudié et diffusé par des institutions comme le Museu Nacional do Azulejo, et sa valeur se reconnaît à l’échelle de la ville — comme dans le centre historique de Porto, où l’azulejo de façade fait partie intégrante de l’identité visuelle classée par l’UNESCO.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui distingue l'azulejo de façade de l'azulejo traditionnel ?
Contrairement à l'azulejo d'intérieur, conçu pour les églises et les palais, l'azulejo de façade recouvre l'extérieur des bâtiments. Produit en série et en motif répété, il était destiné à l'architecture courante de la ville bourgeoise du XIXe siècle.
Sont-ce les émigrés revenus du Brésil qui ont apporté l'azulejo de façade ?
La tradition attribue cette habitude aux "brasileiros", émigrés revenus après l'indépendance du Brésil en 1822. La recherche récente nuance cette idée : le goût fut surtout urbain et portugais, avec une forte expression tant à Lisbonne qu'à Porto.
L'azulejo de façade est-il protégé par la loi au Portugal ?
Oui. La loi nº 79/2017 du 18 août soumet à autorisation municipale les travaux impliquant le retrait d'azulejos de façade, mettant fin à des décennies de destruction de ce patrimoine.

Sources

  1. Os "Brasileiros" e a azulejaria exterior portuense do século XIX — Vitruvius
  2. Breve História da Azulejaria Portuguesa — RTP Ensina
  3. Fábrica de Cerâmica das Devesas — Wikipédia
  4. Lei n.º 79/2017, de 18 de agosto — Diário da República