Patrimoine mondial

Barco Moliceiro : l'art de la charpenterie navale de la région d'Aveiro

Le bateau moliceiro de la Ria de Aveiro et l'art de sa charpenterie navale, inscrits par l'UNESCO en 2025 sur la Liste de sauvegarde urgente du patrimoine…

Le barco moliceiro est l’embarcation la plus emblématique de la Ria de Aveiro, une lagune côtière du centre du Portugal alimentée par le fleuve Vouga. Avec sa coque basse, sa proue et sa poupe hautes et arquées, et ses panneaux colorés richement décorés, il est devenu un symbole de la ville d’Aveiro. En décembre 2025, l’UNESCO a inscrit l’art de sa charpenterie navale sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, reconnaissant ainsi à la fois l’importance et la fragilité de ce savoir-faire.

Un bateau né de la lagune

Le moliceiro doit son nom au moliço, terme désignant un ensemble de plantes aquatiques qui poussent sur le fond submergé de la Ria de Aveiro. Pendant des siècles, ces algues ont été récoltées et utilisées comme engrais naturel dans les champs de la région, et le bateau a été conçu précisément pour cette tâche : la coque peu profonde facilitait le chargement de la cargaison humide et la navigation en eaux peu profondes.

D’une longueur d’environ quinze mètres et d’une largeur de deux mètres et demi, le moliceiro était propulsé à la voile et à la perche. La récolte du moliço a décliné au cours du XXe siècle, avec la généralisation des engrais chimiques, et l’embarcation s’est progressivement reconvertie pour les promenades touristiques dans les canaux urbains d’Aveiro, où se concentre aujourd’hui la majeure partie de la flotte.

L’art de la charpenterie navale

La valeur reconnue par l’UNESCO n’est pas le bateau en tant qu’objet, mais le savoir qui permet de le construire. La charpenterie navale du moliceiro repose sur des techniques transmises oralement de maître à apprenti, sans recours à des plans dessinés. Les constructeurs définissent les formes de la coque à l’aide d’outils spécifiques, parmi lesquels le pau-de-pontos, qui sert à marquer avec précision les mesures et les courbures caractéristiques de l’embarcation.

À cette menuiserie des eaux s’ajoute une composante artistique indissociable : la peinture des panneaux. Chaque moliceiro présente quatre panneaux peints — à la proue, à la poupe et sur les flancs — accompagnés de légendes abordant des thèmes religieux, romantiques, professionnels, historiques et, souvent, satiriques ou picaresques. Ils sont considérés comme d’excellents exemples de peinture naïve, par leur vibration chromatique, leurs contours marqués et leur adaptation ingénieuse du dessin à la surface courbe du bateau.

L’inscription sur la Liste de sauvegarde urgente est, avant tout, un signal d’alarme : elle distingue un patrimoine précisément parce qu’il est en danger imminent de disparition.

Une tradition en danger

L’urgence de la sauvegarde s’explique par des chiffres éloquents. Dans les années 1970, des milliers de moliceiros naviguaient dans la Ria ; en 2025, il n’en restait que quelques dizaines, dont la moitié au service du tourisme. Plus grave encore est la pénurie de maîtres constructeurs : la candidature à l’UNESCO n’a identifié qu’environ cinq artisans actifs capables de construire un moliceiro de A à Z, dont quatre ont plus de soixante ans.

L’art du bateau moliceiro a été inscrit en 2022 à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel, à l’initiative de la Communauté intercommunale de la région d’Aveiro, un processus qui a ouvert la voie à la candidature internationale. Avec la décision prise lors de la 20e session du Comité intergouvernemental, réuni à New Delhi, celle-ci est devenue la troisième manifestation portugaise sur la Liste de sauvegarde urgente, rejoignant l’ensemble plus large du patrimoine immatériel reconnu par l’UNESCO au Portugal, qui comprend des expressions comme le fado et le régime méditerranéen.

Questions fréquentes

Le bateau moliceiro est-il un patrimoine mondial de l'UNESCO ?
Il ne s'agit pas d'un patrimoine mondial. En décembre 2025, l'UNESCO a inscrit l'art de la charpenterie navale du bateau moliceiro sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, une liste distincte de celle du patrimoine mondial.
À quoi servait à l'origine le moliceiro ?
Il servait à la récolte du moliço, un ensemble de plantes aquatiques de la Ria de Aveiro utilisé comme engrais naturel par les agriculteurs de la région. Aujourd'hui, il est surtout utilisé pour des promenades touristiques.
Pourquoi cette tradition est-elle en danger ?
Il ne reste qu'environ cinq maîtres constructeurs actifs, la plupart ayant plus de 60 ans, et le nombre de bateaux traditionnels est passé de milliers dans les années 1970 à quelques dizaines, ce qui menace la transmission du savoir-faire.

Sources

  1. Comissão Nacional da UNESCO — nota de imprensa sobre a inscrição
  2. Matriz PCI — Barco Moliceiro, Inventário Nacional do PCI (Património Cultural)
  3. UNESCO — Intangible Cultural Heritage, Urgent Safeguarding List