Patrimoine immatériel
Bombos et Zés Pereiras
Les groupes de bombos et Zés Pereiras de l'Entre-Douro-et-Minho : percussions, cornemuse et le son qui annonce les pèlerinages et fêtes populaires du Nord du…
Peu de sons identifient aussi immédiatement une fête populaire du Nord du Portugal que le roulement des bombos. Vibrant, martial et hypnotique, il annonce de loin l’approche du pèlerinage, marque le pas des processions et donne le rythme aux fêtes foraines. Les ensembles qui le produisent sont connus, dans une grande partie de l’Entre-Douro-et-Minho, sous le nom de Zés Pereiras — groupes de percussionnistes, traditionnellement masculins, qui défilent en parade jouant des bombos et des caisses, souvent accompagnés par la cornemuse.
L’ensemble et ses instruments
La base sonore repose sur la percussion : le bombo, grand tambour à deux peaux joué avec une mailloche rembourrée, la caisse de rufo et les timbalons. Sur cette pulsation s’ajoutent des aérophones mélodiques — la cornemuse (de modèle galicien ou inspiré) et les fifres. Plus récemment, la concertina, instrument très présent dans la musique populaire du Minho, a été intégrée à ces ensembles, les rapprochant d’autres manifestations de la musique populaire du Minho et de l’usage de la concertina.
Le répertoire n’est pas, dans son essence, mélodique mais rythmique : c’est au bombo de conduire, avec des frappes codées qui signalent l’arrivée, le passage du brancard ou le moment des feux d’artifice. Les groupes peuvent jouer seuls ou encadrer des géants et grosses têtes, figures en carton de grande taille qui accompagnent les cortèges.
L’essentiel des Zés Pereiras ne réside pas dans une partition, mais dans une fonction : avertir, convoquer et rassembler. Le bombo est, avant tout, un instrument de communication communautaire.
Rôle dans les pèlerinages et fêtes
Les groupes de bombos remplissent un rôle cérémoniel et social qui va bien au-delà du divertissement. Ils marquent les rites de passage et les rituels religieux du nord-ouest portugais, ouvrant les processions, escortant les brancards et signalant les autres moments de la fête. Leur présence est quasi obligatoire dans les grands pèlerinages du Minho, comme le Pèlerinage de Notre-Dame de l’Agonie, à Viana do Castelo, et est répandue dans d’innombrables fêtes paroissiales de toute la région Nord. C’est une manifestation éminemment locale : chaque paroisse a, ou a eu, son groupe, souvent avec une longue continuité — certains ensembles comptent plusieurs décennies d’activité ininterrompue.
Nom, origine et diffusion
La désignation “Zé Pereira” fait débat. La version la plus répandue l’attribue au cordonnier portugais José Nogueira de Azevedo Paredes qui, lors du Carnaval de Rio de Janeiro en 1846, serait sorti dans la rue avec un bombo à la tête d’un groupe de fêtards — son nom devenant “Zé Pereira” dans l’effervescence de la fête. Plusieurs auteurs considèrent cependant que ce récit fonctionne surtout comme un mythe fondateur : l’existence d’une tradition carnavalesque appelée Zé Pereira dans le Portugal du XIXe siècle suggère une forte racine péninsulaire antérieure, emportée au Brésil par l’émigration portugaise, où elle a fait carrière dans le carnaval carioca.
Au Portugal, la tradition s’est maintenue vigoureusement comme pratique vivante et fonctionnelle, liée au calendrier festif et religieux. Elle fait aujourd’hui partie de l’univers du patrimoine culturel immatériel portugais, ayant fait l’objet d’études ethnomusicologiques approfondies, avec des enquêtes auprès des musiciens, des organisateurs de fêtes et des artisans qui fabriquent bombos et cornemuses. Ces constructeurs sont, d’ailleurs, une partie indissociable de la tradition : sans la transmission du savoir-faire pour fabriquer et accorder les instruments, et sans les écoles informelles où les plus jeunes apprennent à jouer, le son qui annonce la fête ne parviendrait pas à la génération suivante.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce qu'un groupe de Zés Pereiras ?
- C'est un ensemble de joueurs de bombos et caisses, parfois accompagnés de cornemuse, qui défile en parade animant pèlerinages, processions et fêtes populaires, principalement dans l'Entre-Douro-et-Minho.
- Quels instruments composent un groupe de bombos ?
- Typiquement des bombos (grands tambours à mailloche), des caisses de rufo et des timbalons. La composante mélodique peut inclure la cornemuse, les fifres et, plus récemment, la concertina, très populaire dans le Minho.
- D'où vient le nom 'Zé Pereira' ?
- L'origine est débattue. Une version populaire le lie au cordonnier portugais José Nogueira de Azevedo Paredes, lors du Carnaval de Rio de Janeiro en 1846, mais la tradition du Zé Pereira existait déjà au Portugal, suggérant des racines péninsulaires antérieures.