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Mobilier Portugais

Histoire du mobilier portugais, du comptoir indo-portugais et du style national du XVIIe siècle aux chaises et commodes des styles D. João V, D. José et D. Maria.

Mobilier Portugais
Elisete Reis, CC BY-SA 3.0 — Wikimedia Commons

Le mobilier portugais constitue un chapitre singulier des arts décoratifs européens, croisant la tradition savante des ateliers royaux avec l’inventivité des productions régionales. Son histoire, du XVIe au XIXe siècle, traduit en bois, ferronnerie et marqueterie les grandes tendances du goût — renaissance, maniérisme, baroque, rococo et néoclassique — mais le fait avec une physionomie propre, redevable des matériaux et des routes que l’expansion maritime a mis à la portée des ateliers. Ces pièces s’intègrent dans l’ensemble plus vaste des arts décoratifs portugais, aux côtés de l’azulejo, de l’orfèvrerie et de la sculpture sur bois.

De l’exotisme indo-portugais au style national

La première grande marque du mobilier portugais naît loin de Lisbonne. Dans les territoires de l’Inde portugaise, des ateliers indigènes ont travaillé pour une clientèle européenne le comptoir indo-portugais, meuble à tiroirs et plateau rabattable, incrusté d’ivoire, d’écaille et de bois exotiques comme le teck, et garni de ferronneries découpées. Ces objets, aux côtés de coffres, lits et chaises, illustrent un remarquable hybridisme : la forme est européenne, mais la grammaire décorative — entrelacs, motifs végétaux, figures — est orientaliste.

Dans le comptoir indo-portugais, le meuble cesse d’être un simple ustensile et devient un objet de prestige, témoin matériel des routes reliant Goa, Lisbonne et les cours européennes.

Déjà sur le continent, la seconde moitié du XVIIe siècle a consolidé le style national. En bois de santal sombre, se sont multipliés le buffet (table à pieds tournés et entretoisés), le comptoir, le coffre et la chaise en cuir — siège et dossier en cuir ouvragé, fixé par des clous en laiton. Sa signature est la décoration de surface : les motifs tremblés (cadres ondulés), les torsades et les épines, solutions de tournage et de sculpture que l’historiographie associe traditionnellement aussi à l’influence des meubles flamands en ébène alors en vogue en Europe.

Les styles royaux du XVIIIe siècle

Avec le XVIIIe siècle, le goût de la cour s’est identifié aux règnes successifs. Le style D. João V, dans la première moitié du siècle et contemporain du baroque joanino financé par l’or du Brésil, est le plus opulent : bois sombres cirés, sculpture volumineuse parfois dorée et un sens monumental de la forme.

Le style D. José, dans la seconde moitié du siècle, traduit dans le mobilier le langage rococo. Prédominent les courbes et contre-courbes, les volutes, les coquillages asymétriques et les éléments végétaux stylisés, sculptés à la main ; la structure est d’inspiration française, mais de nombreuses typologies — chaises à dossier découpé, commodes — trahissent l’influence du mobilier anglais, surtout du modèle Chippendale.

Le style D. Maria, dans le dernier quart du siècle et les premières décennies du suivant, marque le tournant néoclassique. Les lignes deviennent droites et sobres, les dossiers prennent le profil d’un bouclier ou d’une lyre, et la marqueterie en bois de satin et autres bois clairs remplace en partie la sculpture, dans un dialogue avec les modèles français et anglais (Hepplewhite, Directoire).

Mobilier régional et héritage

Parallèlement à la production savante, a fleuri un mobilier régional d’une grande vitalité — coffres, tables, chaises et lits en bois de châtaignier ou de noyer, décorés de sculptures géométriques et de chromatismes vifs, surtout dans le Nord et les Beiras. Ces pièces, d’usage domestique et rituel, ont préservé des techniques et des répertoires ornementaux pendant des générations.

La connaissance et la valorisation de ce patrimoine doivent beaucoup au collectionnisme et à la muséologie. L’ensemble de référence se réunit aujourd’hui surtout au Musée National d’Art Ancien, où comptoirs, chaises en cuir et commodes royales permettent de reconstituer l’évolution du goût portugais. Étudier le mobilier, c’est ainsi lire une histoire matérielle qui articule la cour et la maison rurale, l’Orient et l’Europe, et qui s’inscrit dans la même généalogie des formes qui marque l’architecture de l’époque, du manuelino au classicisme du XVIIIe siècle.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le mobilier de style national ?
C'est la désignation du mobilier portugais produit principalement dans la seconde moitié du XVIIe siècle, marqué par l'utilisation du bois de santal, de la décoration à motifs tremblés, torsadés et épineux, et de typologies comme le buffet, le comptoir et la chaise en cuir.
Qu'est-ce qu'un comptoir indo-portugais ?
C'est un meuble à tiroirs avec plateau rabattable, produit dans les territoires portugais de l'Inde entre les XVIe et XVIIe siècles, souvent incrusté d'ivoire, d'écaille et de bois exotiques, fusionnant des formes européennes avec des techniques décoratives orientales.
Quels styles correspondent aux règnes de D. João V, D. José et D. Maria ?
Le style D. João V (première moitié du XVIIIe siècle) est baroque et opulent ; le style D. José correspond au rococo, avec des courbes et des coquillages ; et le style D. Maria, dans le dernier quart du siècle, est déjà néoclassique, avec des lignes plus sobres et droites.

Sources

  1. Mobiliário português de estilo nacional: o bufete (Res Mobilis)
  2. Contador Indo-Português, séc. XVII (A Casa Senhorial)
  3. Um Par de Cadeiras D. José (A Casa Senhorial)