Patrimoine immatériel

Azulejo traditionnel portugais

L'art et le savoir-faire de l'azulejo traditionnel portugais, de la fabrication de la faïence stannifère à la pose sur les murs, marque de l'identité nationale.

Azulejo traditionnel portugais
J.L.Escalante, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

Au Portugal, l’azulejo est bien plus qu’un matériau de revêtement : c’est un langage décoratif qui, au fil de plus de cinq siècles, a recouvert églises, palais, escaliers, jardins, gares et façades entières. Ce qui en fait un patrimoine culturel immatériel n’est pas la plaque céramique elle-même, mais le savoir-faire dont elle est issue — l’ensemble des gestes, des recettes et des connaissances qui vont de la préparation de l’argile à la peinture et à la pose sur le mur, transmis de maître à apprenti et encore pratiqués aujourd’hui dans les ateliers et les manufactures.

Un savoir-faire transmis

La production d’un azulejo traditionnel suit une séquence exigeante. Elle commence par le biscuit, la plaque d’argile rouge moulée et soumise à une première cuisson qui la densifie. Sur cette surface on applique l’émail stannifère — un vernis blanc et opaque, opacifié par l’oxyde d’étain — qui sert à la fois de fond et de toile. C’est sur cet émail cru et pulvérulent que le peintre travaille, avec des pigments d’oxydes métalliques solubles, dans un geste qui n’admet aucune correction : la peinture est absorbée aussitôt. Une seconde cuisson fond en même temps le vernis et le décor, fixant l’image pour toujours.

Cette méthode de faïence, héritière de la majolique qui parvient à la Péninsule au XVIe siècle, exige la maîtrise de plusieurs arts à la fois — chimie des émaux, contrôle du four, dessin et peinture — et c’est précisément cette convergence de savoirs qui justifie sa lecture comme un art traditionnel de la céramique et de la faïence. À côté de la fabrication, le savoir de la pose — poser, aligner et raccorder les panneaux sur de grandes surfaces — constitue un métier à part entière, indispensable à l’expression monumentale qui définit le cas portugais.

L’azulejo portugais ne se distingue pas tant par sa technique, partagée avec d’autres pays, que par son usage : aucun autre n’y a eu recours avec une telle échelle architecturale et une telle continuité dans le temps.

Cinq siècles d’invention

L’histoire commence vers 1503, lorsque le roi Manuel Ier fait revêtir des salles du Palais national de Sintra d’azulejos hispano-mauresques venus de Séville, exécutés selon les techniques de l’alicatado, de la cuerda seca et de l’arista. Le grand tournant se produit dans la seconde moitié du XVIe siècle, avec l’arrivée de la majolique d’origine flamande et italienne, qui libère la peinture en permettant d’appliquer le pigment directement sur l’émail blanc.

Vient ensuite, au XVIIe siècle, le cycle des maîtres, avec des noms tels que Gabriel del Barco et António de Oliveira Bernardes, et la consécration du bleu et blanc sous l’influence de la porcelaine chinoise et de la faïence de Delft. Le XVIIIe siècle est l’âge d’or : l’or du Brésil finance de grands panneaux historiés baroques et, après le tremblement de terre de 1755, le pragmatique azulejo pombalin revêt la reconstruction de Lisbonne. Au XIXe siècle, l’industrialisation et le pochoir répandent l’azulejo de façade à travers les villes, et le tournant du siècle apporte le renouveau de l’Art nouveau.

Identité et sauvegarde

Aujourd’hui, l’azulejo demeure une composante vivante du paysage urbain portugais et un élément central des arts décoratifs portugais. Sa mémoire est rassemblée et étudiée au Museu Nacional do Azulejo, à Lisbonne, installé dans l’ancien couvent de Madre de Deus, où l’on suit l’évolution de la technique depuis le XVIe siècle. La continuité du métier — menacée par la disparition des ateliers et par le vol et la dispersion des panneaux — dépend de la transmission de ce savoir-faire, raison pour laquelle sa valorisation s’inscrit dans le champ du patrimoine culturel immatériel. Connaître l’azulejo, c’est ainsi connaître un geste collectif qui continue de dessiner l’identité visuelle du Portugal.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui distingue l'azulejo portugais ?
Plus qu'une technique, c'est un usage : le Portugal a appliqué l'azulejo sur de vastes surfaces architecturales, du sol au plafond, en intérieur comme en façade. Cette échelle et cette continuité sur cinq siècles n'ont pas d'équivalent dans d'autres pays.
Comment fabrique-t-on un azulejo traditionnel ?
On part d'un biscuit d'argile cuite, recouvert d'un émail stannifère blanc et opaque. Sur cette surface crue, on peint à la main avec des pigments d'oxydes métalliques, puis vient une seconde cuisson qui fixe en même temps l'émail et le décor.
Pourquoi tant d'azulejos sont-ils bleus et blancs ?
La monochromie bleue sur blanc s'est généralisée à la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, sous l'influence de la porcelaine chinoise et de la faïence de Delft, devenant l'image la plus reconnaissable de l'azulejo portugais.

Sources

  1. Azulejo — Wikipédia
  2. Museu Nacional do Azulejo — DGPC
  3. Inventário Nacional do Património Cultural Imaterial — MatrizPCI