Thèmes
Reliure et enluminure
L'enluminure et la reliure d'art au Portugal, de l'Apocalypse de Lorvão à la Leitura Nova : techniques, ateliers monastiques et chefs-d'œuvre du livre manuscrit.
Pendant des siècles, l’enluminure et la reliure d’art furent les arts qui transformèrent le livre manuscrit en un objet de prestige, de dévotion et de pouvoir. À une époque où chaque codex était copié à la main sur du parchemin, la page devenait le support d’une création picturale autonome — lettrines habitées, bordures végétales, scènes en miniature —, tandis que la reliure protégeait et magnifiait l’ensemble. Au Portugal, ces deux pratiques se développèrent en parallèle depuis la fondation de la nation jusqu’à l’Ancien Régime, laissant quelques-unes des pièces les plus remarquables des arts décoratifs portugais.
Du scriptorium monastique au codex roman
La production du livre enluminé naquit dans les monastères, où le scriptorium réunissait copistes et enlumineurs. Les grands centres bénédictins et augustins — Lorvão, Alcobaça, Santa Cruz de Coimbra — concentrèrent la copie des bibles, des commentaires et des livres liturgiques. L’œuvre majeure de cette période est l’Apocalypse de Lorvão, achevée en 1189 et signée par le scribe Egeas : il s’agit de la seule copie du Commentaire sur l’Apocalypse de Beatus de Liébana réalisée au Portugal au Moyen Âge, aujourd’hui classée au registre Mémoire du monde de l’UNESCO. Ses figures au trait ferme et au chromatisme intense révèlent un vocabulaire mozarabe-roman d’une grande originalité.
La technique médiévale reposait sur des matériaux précieux. Le parchemin, obtenu à partir de peaux de mouton, de chèvre ou de veau, était préparé à la chaux et raclé jusqu’à la transparence. Les pigments provenaient de minéraux et de plantes — lapis-lazuli pour les bleus, malachite, cinabre, safran —, liés au blanc d’œuf ou à la gomme. L’or était appliqué en feuille sur un apprêt de plâtre et de colle, puis bruni à la pierre d’agate jusqu’à refléter la lumière.
Enluminer n’était pas illustrer : c’était donner à la parole écrite un corps lumineux, faisant du codex à la fois un texte sacré, un objet de culte et l’affirmation de celui qui le commandait.
L’apogée manuéline et les livres d’heures
Le règne de D. Manuel Ier marque le point culminant de l’enluminure portugaise. La réforme des archives royales donna naissance à la Leitura Nova, des dizaines de volumes de parchemin copiant les documents de la chancellerie, ouverts par de somptueux frontispices où la sphère armillaire, les armes royales et la grammaire ornementale manuéline se croisent avec le vocabulaire de la Renaissance. Les meilleurs noms de l’art du livre travaillèrent à ces frontispices, parmi lesquels António de Holanda, Álvaro Pires et António Godinho.
Parallèlement fleurit le livre d’heures, dévotionnaire privé de la noblesse. Des pièces telles que le Livre d’heures dit de D. Manuel, fortement redevables de l’école flamande de Bruges et du cercle de Simon Bening, montrent comment le goût portugais absorba les courants nordiques par le commerce à Anvers. Au début du XVIIe siècle, le prêtre Estêvão Gonçalves Neto signerait, dans le Missel de l’Académie des sciences, ce qui est considéré comme le plus parfait exemplaire de la miniature nationale. Cette culture visuelle dialogue avec l’orfèvrerie et la peinture contemporaines, partageant thèmes, modèles et mécènes.
La reliure comme art
Une fois le travail de copie et d’enluminure achevé, le codex recevait sa reliure. Dans les ateliers monastiques et, plus tard, dans les librairies royales, les cahiers étaient cousus sur nerfs et revêtus de cuir monté sur des ais de bois. À partir de la fin du XVe siècle se répandit la dorure — technique consistant à graver à chaud la feuille d’or sur le cuir au moyen de fers chauffés —, d’origine islamique, qui permit de composer dos et plats avec des fers, des roulettes et des fleurons. Les grandes bibliothèques, civiles et ecclésiastiques, faisaient relier de manière uniforme leurs fonds, conférant une unité matérielle à des collections entières et faisant de la reliure elle-même un indicateur de statut. Ces ateliers traditionnels de reliure manuelle préservent encore aujourd’hui, au Portugal, un savoir-faire séculaire lié à la conservation du patrimoine documentaire.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que l'enluminure ?
- C'est l'art d'orner les manuscrits de lettrines, de vignettes, de miniatures et d'or bruni. Le nom dérive de l'éclat des métaux et des couleurs qui semblaient illuminer la page de parchemin.
- Quel est le manuscrit enluminé portugais le plus célèbre ?
- L'Apocalypse de Lorvão, achevée en 1189 dans le scriptorium du monastère de Lorvão, est l'œuvre médiévale portugaise la plus reconnue et la seule copie ibérique orientale du Beatus de Liébana réalisée au Portugal.
- Qu'est-ce que la Leitura Nova ?
- C'est l'ensemble de soixante et un volumes de parchemin que D. Manuel Ier fit copier pour réunir les documents royaux, avec des frontispices enluminés à l'or qui constituent l'apogée de l'enluminure manuéline.