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Orfèvrerie portugaise

L'orfèvrerie portugaise, de l'or et de l'argent : de la Custode de Belém manuéline aux trésors baroques, techniques, poinçons et ateliers au Portugal.

Orfèvrerie portugaise
Marcquart Feldmann, Public domain — Wikimedia Commons

L’orfèvrerie est l’art de travailler les métaux précieux — principalement l’or et l’argent — pour produire des bijoux, des objets liturgiques et de la vaisselle. Au Portugal, cet art constitue l’un des chapitres les plus brillants des arts décoratifs, traversant depuis la splendeur manuéline jusqu’aux grands services baroques et à la bijouterie populaire qui se pratique encore aujourd’hui dans le Nord du pays. Son histoire se confond avec celle de l’expansion maritime elle-même, qui a apporté au Portugal l’or et l’argent avec lesquels ont été ciselées certaines des œuvres les plus admirées d’Europe.

Du style manuélin aux trésors de l’Orient

La pièce emblématique de l’orfèvrerie portugaise est la Custode de Belém, ciselée en 1506 et traditionnellement attribuée à l’orfèvre et dramaturge Gil Vicente. Commandée par Manuel Ier pour le Monastère des Hiéronymites, elle fut exécutée en or et émaux polychromes dans le vocabulaire raffiné du gothique tardif, avec les douze apôtres agenouillés et, au sommet, la colombe du Saint-Esprit en or émaillé de blanc.

L’or utilisé avait une provenance symbolique : c’était le tribut payé par le régule de Kilwa (dans l’actuelle Tanzanie) en signe de vassalité à la couronne portugaise, rapporté par Vasco de Gama à son retour de son deuxième voyage en Inde. La custode est ainsi à la fois une œuvre d’art et un document historique de la première mondialisation. Elle est aujourd’hui conservée parmi les joyaux du Musée national d’Art ancien.

Peu d’œuvres condensent aussi bien l’époque : l’or de l’océan Indien, la forme de l’architecture manuéline et le génie d’un artiste qui fut à la fois orfèvre et fondateur du théâtre portugais.

La splendeur baroque de l’argent

Si le XVIe siècle a laissé des œuvres exceptionnelles, c’est surtout le Baroque qui a généralisé l’argenterie comme langage de pouvoir et de dévotion. Sous le règne de Jean V, alimenté par l’or du Brésil, les ateliers de Porto et de Lisbonne ont multiplié calices, custodes, torches, cruches et services de table en argent massif, avec des formes rocaille, des repoussés ondulants et des champlevés denses de feuillages, coquillages et chérubins. Le langage de la ciselure s’appliquait au métal, faisant des objets liturgiques de véritables sculptures portatives.

Cette production était régulée par un système de garantie rigoureux. Les poinçons — marques officielles appliquées par les essayeurs municipaux — certifiaient le titre du métal et identifiaient l’orfèvre et la ville de fabrication, permettant aujourd’hui de dater et localiser de nombreuses pièces. La charge d’essayeur s’est structurée surtout entre la fin du XVIIe siècle et le XIXe siècle, Porto et Lisbonne étant les grands centres, mais avec une tradition également à Gondomar, Braga et d’autres places.

La bijouterie populaire et la continuité du métier

Parallèlement à la grande orfèvrerie d’apparat, a fleuri une bijouterie populaire aux racines profondes, où se distingue la filigrane — le travail de fils d’or et d’argent torsadés et soudés, donnant naissance à des cœurs, boucles d’oreilles à la reine et pendants d’oreilles d’une extraordinaire légèreté. Cet art s’est concentré surtout dans le Nord, autour de Gondomar et de la vallée de l’Ave, et reste l’un des traits les plus reconnaissables de la bijouterie traditionnelle portugaise, portée avec les costumes festifs du Minho.

Les techniques de base sont restées remarquablement stables au fil des siècles : fonte, laminage, martelage, soudure et finition, auxquels s’ajoutent des ressources expressives comme le repoussé, le champlevé, l’émail et la filigrane elle-même. C’est cette continuité entre l’atelier médiéval, l’atelier baroque et l’orfèvre contemporain qui fait de l’orfèvrerie portugaise un patrimoine vivant, et pas seulement un ensemble d’objets de musée.

Questions fréquentes

Quelle est l'œuvre la plus célèbre de l'orfèvrerie portugaise ?
La Custode de Belém, ciselée en 1506 et attribuée à Gil Vicente, exécutée avec de l'or rapporté d'Orient. Elle est conservée au Musée national d'Art ancien, à Lisbonne.
Qu'est-ce qui distingue l'argenterie baroque portugaise ?
Le goût pour la ciselure appliquée au métal, avec des formes rocaille, des repoussés profonds et des champlevés denses, notamment dans les ateliers de Porto et de Lisbonne sous le règne de Jean V.
Que sont les poinçons dans l'orfèvrerie ?
Ce sont des marques officielles qui certifient le titre (pureté) de l'or et de l'argent et identifient l'orfèvre et la ville. Le système des essayeurs municipaux a prévalu au Portugal surtout entre la fin du XVIIe siècle et le XIXe siècle.

Sources

  1. Custódia de Belém — Museu Nacional de Arte Antiga
  2. Ourivesaria — Infopédia
  3. Belém Monstrance — Wikipedia