Archéologie

Épigraphie

L'épigraphie au Portugal : les inscriptions latines, indigènes et médiévales comme source documentaire pour l'histoire du territoire et de la romanisation.

Épigraphie
Ricardo Espejel Cruz, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

L’épigraphie est la science qui étudie les inscriptions gravées sur des supports durables — pierre, bronze, plomb, os ou céramique — depuis leur lecture et leur transcription jusqu’à leur datation, leur interprétation et leur classification. Discipline apparentée à l’archéologie, à l’histoire et à la philologie, elle doit à la pierre sa principale matière première : contrairement aux manuscrits, périssables, les épigraphes ont survécu en grand nombre précisément parce qu’elles avaient été taillées pour durer. Sur le territoire portugais, elles constituent l’une des sources documentaires les plus riches et les plus directes pour connaître la société, la religion et l’administration entre l’Antiquité et le Moyen Âge.

Inscriptions indigènes et langue lusitanienne

Avant et pendant la romanisation, les populations préromaines de l’Occident péninsulaire ont laissé un petit mais précieux ensemble de textes. Les plus remarquables sont les inscriptions en langue lusitanienne, une langue indo-européenne dont l’affiliation est débattue, connue par une demi-douzaine de témoignages. Au Portugal se distinguent les inscriptions rupestres de Lamas de Moledo (Castro Daire), du Cabeço das Fráguas (Guarda) et d’Arronches (Portalegre), auxquelles s’est ajouté, en 2009, un autel votif découvert à Viseu.

Bien que rédigées en caractères latins, ces inscriptions conservent du vocabulaire, des formules votives et des noms de divinités indigènes — un rare portrait du moment où le latin commençait à remplacer les langues locales.

Ce sont des documents de bilinguisme : le latin sert souvent à la présentation du texte, tandis que la langue locale garde le noyau religieux. L’intense érosion de nombreuses surfaces a divisé les chercheurs quant à la lecture, ce qui a motivé le recours à des techniques modernes d’enregistrement et d’analyse numérique.

L’épigraphie romaine

C’est de l’époque romaine que provient l’écrasante majorité des inscriptions portugaises. Les autels votifs, les stèles funéraires, les piédestaux honorifiques, les dédicaces monumentales et les bornes milliaires des routes forment un corpus qui documente la vie des cités, des sanctuaires et des voies du territoire de l’ancienne Lusitanie et du conventus Bracaraugustanus. Ces textes révèlent l’onomastique des familles, les charges municipales, les cultes — d’Endovélico aux divinités du panthéon romain — et le tracé des voies romaines qui structuraient la province.

Des centres comme Idanha-a-Velha, l’ancienne Egitânia conservent des ensembles épigraphiques exceptionnels, et les grandes références de l’archéologie du Portugal romain reposent en grande partie sur ces témoignages lapidaires. La systématisation internationale des inscriptions latines a été entreprise dans le Corpus Inscriptionum Latinarum (CIL), dont le territoire portugais fait partie, complétée par des publications nationales et des bases de données spécialisées.

Épigraphie de l’Antiquité tardive et médiévale

La tradition épigraphique ne s’est pas interrompue avec la fin de la domination romaine. Entre les Ve et VIIIe siècles se sont multipliées les inscriptions funéraires chrétiennes et wisigothiques, et le Moyen Âge a laissé des épitaphes, des dates de fondation et de consécration d’églises, ainsi que des légendes commémoratives gravées sur des monuments religieux. Le relevé systématique de ces matériaux — réunis dans des ouvrages de référence comme l’Epigrafia medieval portuguesa — permet de suivre l’évolution de l’écriture, de la langue et des mentalités sur plus d’un millénaire.

Conservation et étude

Une bonne partie des épigraphes se trouve aujourd’hui muséalisée, le Musée national d’archéologie, à Lisbonne, réunissant l’un des noyaux les plus importants du pays, aux côtés de musées régionaux et de collections municipales. L’étude épigraphique — qui articule lecture autoptique, photographie, estampages et, de plus en plus, techniques numériques d’enregistrement tridimensionnel — continue de renouveler l’interprétation de textes parfois lus et relus pendant des siècles. Intégrée à l’ensemble de l’archéologie portugaise, l’épigraphie se confirme comme un pont direct entre les pierres et les mots de ceux qui les ont gravées.

Questions fréquentes

Qu'étudie l'épigraphie ?
L'épigraphie étudie les inscriptions gravées sur des supports durables, comme la pierre, le bronze ou la céramique, en s'occupant de leur lecture, de leur datation, de leur interprétation et de leur classification. Au Portugal, elle constitue une source essentielle pour l'histoire romaine, l'Antiquité tardive et le Moyen Âge.
Quelles sont les inscriptions en langue lusitanienne connues au Portugal ?
On connaît les inscriptions rupestres de Lamas de Moledo (Castro Daire), du Cabeço das Fráguas (Guarda) et d'Arronches (Portalegre), ainsi qu'un autel votif découvert à Viseu en 2009. Elles sont rédigées en caractères latins et datent de l'époque romaine.
Sur quels matériaux apparaissent les inscriptions antiques ?
Elles apparaissent surtout sur la pierre (autels, stèles funéraires, bornes milliaires, dédicaces monumentales), mais aussi sur le bronze, le plomb, la céramique et d'autres supports durables.

Sources

  1. Epigrafia – Wikipédia
  2. Língua lusitana – Wikipédia
  3. Hesperia – Banco de datos de lenguas paleohispánicas (lusitano)