Patrimoine mondial

La manufacture des sonnailles, l'art campanaire d'Alcáçovas

La manufacture des sonnailles, art traditionnel d'Alcáçovas, dans l'Alentejo, a été inscrite sur la Liste de sauvegarde urgente du patrimoine immatériel de…

La manufacture des sonnailles est l’art traditionnel de fabriquer à la main la sonnaille — un idiophone à percussion, en fer revêtu de cuivre ou d’étain, que les bergers suspendent au cou du bétail pour le localiser et le conduire. Plus qu’un ustensile, chaque sonnaille est accordée pour sonner sur une note qui lui est propre, et son tintement compose le paysage sonore caractéristique des plaines de l’Alentejo. Le 1er décembre 2015, cet art a été inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO, devenant la première expression portugaise à intégrer cette liste de protection renforcée et rejoignant le Cante Alentejano et la diète méditerranéenne au sein du patrimoine culturel immatériel du Portugal distingué à l’échelle mondiale.

Comment se fait une sonnaille

La fabrication de la sonnaille résulte de la rencontre de savoirs anciens : les « arts du feu » du forgeron et du chaudronnier, mis au service d’un dessein musical. On part d’une feuille de fer qui est martelée à froid sur l’enclume et pliée jusqu’à prendre une forme concave, en manière de coupe. La pièce est ensuite revêtue de poudre de cuivre ou d’étain mêlée d’argile et portée à la forge : la chaleur intense fond le métal de revêtement sur le fer, dans un processus de chauffe et de refroidissement rapides. Enfin, on retire l’argile brûlée, on polit la pièce et l’on procède à l’accordage — peut-être le geste le plus subtil de tous, où le maître ajuste le timbre de la sonnaille en frappant et en façonnant le métal jusqu’à obtenir la sonorité désirée.

Il n’existe ni partition ni appareil qui puisse remplacer l’oreille du sonnaillier : c’est par l’écoute attentive de chaque pièce que l’on décide quand le son est juste, et c’est dans ce jugement affiné que réside le cœur de l’art.

La complexité technique explique pourquoi le savoir se transmet presque exclusivement dans le cadre familial, de père en fils, au fil de nombreuses années d’apprentissage en atelier.

Alcáçovas, capitale de la sonnaille

L’épicentre de cette tradition est Alcáçovas, bourg de la commune de Viana do Alentejo, dans le district d’Évora. La production de sonnailles y est documentée depuis des siècles et, à partir du milieu du XVIIIe siècle, elle est devenue l’une des activités économiques les plus marquantes de la localité, intimement liée au pastoralisme et à l’élevage du bétail dans la région. Le bourg abrite le Musée de la Sonnaille, qui réunit des milliers de pièces et contribue à faire connaître l’histoire et les techniques de cette manufacture.

La candidature à l’UNESCO est née d’un partenariat entre l’entité régionale de tourisme, la commune de Viana do Alentejo et la paroisse d’Alcáçovas, et elle a souvent été citée comme une candidature exemplaire par la manière dont elle a impliqué la communauté détentrice du savoir.

Un savoir menacé

L’inscription sur la liste de sauvegarde urgente n’est pas une simple reconnaissance honorifique : elle signale une tradition en réel danger d’extinction. À la date de la candidature, il ne restait qu’environ 11 ateliers et 13 sonnailliers en activité, la plupart déjà âgés. Les transformations du pastoralisme, avec moins de troupeaux et moins de bergers, ont réduit la demande, tandis que la production industrielle offre des alternatives meilleur marché et dépourvues du travail manuel d’accordage.

Le statut attribué par l’UNESCO cherche à inverser cette tendance, en soutenant la formation de nouveaux apprentis, la valorisation du produit artisanal et la continuité d’un art qui, à disparaître, emporterait avec lui un son inséparable de la campagne alentejane. Aux côtés d’autres expressions reconnues dans le cadre du patrimoine mondial et immatériel portugais, la manufacture des sonnailles rappelle que le patrimoine ne se mesure pas seulement à la pierre, mais aussi aux gestes et aux savoirs qui se transmettent de génération en génération.

Questions fréquentes

Quand la manufacture des sonnailles a-t-elle été reconnue par l'UNESCO ?
Elle a été inscrite le 1er décembre 2015, lors de la 10e session du Comité intergouvernemental réunie à Windhoek, en Namibie, sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente (référence 01065). Ce fut la première inscription portugaise sur cette liste spécifique.
Où fabrique-t-on les sonnailles dans l'Alentejo ?
Alcáçovas, bourg de la commune de Viana do Alentejo, dans le district d'Évora, est le principal et presque unique foyer vivant de cet art. C'est là que se concentrent les ateliers et les maîtres sonnailliers, et où fonctionne le Musée de la Sonnaille.
Pourquoi l'art campanaire risque-t-il de disparaître ?
À la date de l'inscription, il ne restait qu'environ 11 ateliers et 13 sonnailliers, dont neuf âgés de plus de 70 ans. Les mutations du pastoralisme, la concurrence de la production industrielle et le manque d'apprentis menacent la continuité de la transmission de parents à enfants.

Sources

  1. UNESCO — Manufacture of cowbells
  2. Comissão Nacional da UNESCO — Fabrico de Chocalhos
  3. Município de Viana do Alentejo — Fabrico dos Chocalhos é Património da Humanidade
  4. Wikipédia — Arte chocalheira