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Le pombalin

La reconstruction de Lisbonne après le tremblement de terre de 1755 : le premier urbanisme des Lumières, rationnel et antisismique, d'Europe.

Baixa Pombalina, Lisboa, em direção à Praça do Comércio · Concierge.2C, CC BY-SA 3.0 — Wikimedia Commons

Le 1er novembre 1755, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée et d’un incendie détruisit le centre de Lisbonne et tua des dizaines de milliers de personnes. De la catastrophe naquit l’une des plus remarquables opérations d’urbanisme de l’Europe moderne — et un style qui porte le nom du ministre qui la conduisit, Sebastião José de Carvalho e Melo, le marquis de Pombal.

Reconstruire, et non restaurer

La décision politique fut radicale : au lieu de reconstruire la cité médiévale dans son tracé de ruelles, on rasa ce qui restait de la Baixa et l’on dessina un plan entièrement nouveau. Sous la direction de Manuel da Maia et des ingénieurs militaires Eugénio dos Santos et Carlos Mardel, on traça un maillage orthogonal de rues larges et d’îlots réguliers, reliant deux places — le Rossio et le Terreiro do Paço reconstruit (Praça do Comércio).

L’ingénierie de la prévention

Le pombalino est, avant tout, antisismique. Les édifices reposent sur une structure de bois tridimensionnelle — la gaiola pombalina — conçue pour osciller avec le sol sans s’effondrer. Les façades sont uniformes et les édifices de hauteur maîtrisée ; les rues, assez larges pour qu’en cas de nouvelle secousse, les décombres ne bloquent pas la fuite. C’est un urbanisme pensé comme sécurité publique.

La Baixa Pombalina est peut-être le premier exemple européen d’une ville projetée à l’échelle du quartier comme système intégré — structure, façade, rue et place conçues ensemble.

L’esthétique de la raison

À l’ingénierie correspond une esthétique sobre. L’ornementation est minimale, la répétition est un principe, la pierre de taille ne dessine que l’essentiel. Cette retenue — presque préindustrielle dans sa logique de production sérielle — exprime l’idéal des Lumières de l’État pombalin : l’ordre, l’utilité, la prévision.

Le pombalino ne resta pas à Lisbonne. La même méthode — raser et tracer à neuf selon la raison — s’appliqua à Vila Real de Santo António et influença la reconstruction de bourgs dans tout le royaume. C’est, au sens plein, le moment où l’État portugais apprit à dessiner la ville d’en haut.