Périodes & Styles
Rococo au Portugal
Le rococo au Portugal : le goût léger et asymétrique du milieu du XVIIIe siècle, avec André Soares, la talha dourada et les églises de Braga et du Nord.
Le rococo arriva au Portugal vers 1740 comme une ultime inflexion du goût baroque : plus léger, plus intime et franchement asymétrique. Le terme dérive du français rocaille — le travail de coquillages et pierres irrégulières ornant grottes et fontaines —, et c’est dans cette grammaire de coquillages, volutes et feuilles d’acanthe que réside sa signature. Au lieu de la monumentalité grave du baroque joanino, le rococo recherche la grâce, le mouvement ondulant et la surprise, dans un décor qui semble ne jamais se reposer.
Une version portugaise, du granit à la talha
Contrairement à ce qui advint en France ou en Bavière, le rococo ne fut jamais au Portugal un style de cour pleinement développé. Il s’adapta plutôt au tempérament et aux matériaux du pays : le granit sombre du Nord, taillé en cadres nerveux, contraste avec la chaux blanche des murs, conférant aux façades un dessin graphique et vigoureux. À l’intérieur des églises, la talha dourada y atteint un de ses moments les plus inventifs, avec des retables aux lignes sinueuses, des anges en mouvement et une profusion ornementale qui recouvre des murs entiers d’or.
Le rococo portugais est moins un style importé qu’une traduction : la rocaille parisienne, filtrée par des gravures allemandes d’Augsbourg, acquiert à Braga la trempe dure du granit et la lumière dorée de la talha.
Braga et le Nord-Ouest, capitales du rococo
Le grand centre du rococo national fut le Minho, et en particulier Braga. La dévastation de Lisbonne par le tremblement de terre de 1755 — et l’urgence de la reconstruction pombaline, d’une facture déjà plus sobre — déplaça vers le Nord, intacte, l’énergie créatrice de la période. La figure centrale est André Soares (1720–1769), Bracarense autodidacte qui forma son vocabulaire à partir d’estampes centre-européennes et l’imposa avec une extraordinaire cohérence. À lui reviennent la Casa do Raio (1754–1755), la façade exubérante de l’église des Congregados, la Casa da Câmara, l’Arco da Porta Nova et le sanctuaire de Santa Maria Madalena da Falperra.
Autour de Soares se forma toute une école. Le moine bénédictin Frei José de Santo António Vilaça exécuta, entre 1757 et 1760, la talha du Monastère de São Martinho de Tibães — référence majeure de la sculpture sur bois de l’époque — et diffusa le goût dans tout l’Entre-Douro-e-Minho. La monumentale escalier du Bom Jesus do Monte, avec ses terrasses et fontaines allégoriques, appartient également à cet univers de dévotion mise en scène. À Porto, la leçon théâtrale de Nicolau Nasoni avait déjà préparé le terrain pour le goût rocaille.
Lisbonne, Queluz et le crépuscule du style
Au sud, le rococo eut une expression plus contenue. Son monument majeur est le Palais National de Queluz, commencé en 1747 pour l’infant D. Pedro : Mateus Vicente de Oliveira conçut le corps principal et le Français Jean-Baptiste Robillon signa l’aile ouest et les jardins, dans un raffinement d’inspiration versaillaise qui est ce que le Portugal possède de plus proche d’un rococo palatin à l’européenne. À Lisbonne, quelques églises érigées après le tremblement de terre et des éléments décoratifs de la Basilique da Estrela prolongent le goût jusqu’à la fin du siècle.
À partir des années 1770 et 1780, la courbe et l’asymétrie cèdent la place à la ligne droite, à la symétrie et à la retenue du néoclassicisme, qui avec l’Académie Royale et le règne de D. Maria I clôt définitivement le cycle. Le rococo laisse cependant un héritage singulier : l’ensemble bracarense d’André Soares compte parmi les chefs-d’œuvre du style à l’échelle européenne et fixe Braga comme l’une des villes où la rocaille s’enracina le mieux hors de son berceau français.
Questions fréquentes
- Qui fut le principal architecte du rococo portugais ?
- André Soares (1720–1769), natif de Braga, est considéré comme la figure majeure du rococo au Portugal. Autodidacte, il traduisit en granit et en talha la grammaire de la rocaille, avec des œuvres comme la Casa do Raio, l'église des Congregados et le sanctuaire de Falperra.
- Où se concentre le meilleur du rococo au Portugal ?
- Dans le Nord-Ouest, notamment à Braga, Guimarães et Porto, épargnés par le tremblement de terre de 1755. Là fleurit une talha dourada aux formes exubérantes et un ensemble unique d'églises, chapelles et bâtiments civils.
- Quelle est la différence entre le rococo et le baroque joanino ?
- Le baroque joanino, de la première moitié du XVIIIe siècle, est monumental, symétrique et pesant ; le rococo qui lui succède est plus léger, asymétrique et gracieux, dominé par des ornements en coquillages et feuilles d'acanthe.