Patrimoine immatériel

Viola de Fado

La viola de fado, cordophone à six cordes en acier qui soutient l'harmonie et le rythme du fado aux côtés de la guitare portugaise, et son rôle dans…

Viola de Fado
Vitor Oliveira from Torres Vedras, PORTUGAL, CC BY-SA 2.0 — Wikimedia Commons

La viola de fado est le cordophone d’accompagnement qui, aux côtés de la guitare portugaise, forme le duo instrumental classique du fado. Instrument à six cordes en acier, similaire en forme à la guitare classique, il occupe rarement le premier plan sonore — et c’est précisément dans cette discrétion que réside son rôle : offrir le fond harmonique et rythmique sur lequel la voix chante et la guitare ornemente.

Origine et évolution

La viola de fado descend de la viola francesa, instrument à cinq cordes simples qui serait arrivé au Portugal dans les premières décennies du XIXe siècle, probablement apporté par des émigrants liés aux causes libérales. Des méthodes d’instruction documentent déjà sa présence à Braga vers 1839. Au fil du siècle, cette lignée s’est fixée dans sa forme actuelle : une viola à six cordes, structurellement proche de la guitare classique espagnole, mais adaptée aux besoins de l’accompagnement fadiste.

La différence la plus audible réside dans les cordes. Alors que la guitare classique utilise des cordes en nylon, la viola de fado emploie des cordes métalliques, qui lui confèrent une plus grande projection et un timbre plus percussif et sec. En raison de la tension accrue, la construction subit de légers ajustements — manche et chevalet renforcés —, tout en conservant la silhouette familière de l’instrument à six cordes.

Fonction dans l’accompagnement

Dans le fado, les rôles sont clairement répartis. La guitare portugaise dessine la mélodie, répond au chant et tisse les variations ; la viola assure la base harmonique et marque le pouls rythmique. C’est elle qui établit la séquence d’accords, fixe le tempo et donne corps et stabilité à l’interprétation, libérant la guitare et la voix pour leur dialogue expressif.

Dans le fado, la viola ne cherche pas à briller : elle donne le fond. Sans cette assise continue, le virtuosité de la guitare et l’émotion du chant seraient sans support où s’appuyer.

La technique du violiste de fado est spécifique et se distingue de celle du guitariste classique. Dominent l’attaque ferme des basses, les accents rythmiques marqués avec le pouce et l’alternance entre des arpèges doux et des frappes plus incisives — une manière de jouer qui donne au fado de Lisbonne son balancement caractéristique. Dans le fado de Coimbra, de caractère plus balladique, l’accompagnement à la viola tend vers un style plus retenu et cantabile.

La viola baixo et l’ensemble fadiste

Au duo traditionnel s’est ajoutée, au milieu du XXe siècle, la viola baixo — une sorte de contrebasse acoustique portugaise à quatre cordes, développée dans les années 1960. Sa fonction est de renforcer et clarifier la ligne de basse, avec un pouls régulier qui offre encore plus de liberté expressive au fadiste et au guitariste, sans perdre le contrôle rythmique.

Son introduction dans le fado de Lisbonne est surtout due à Joel Pina (1920–2013), qui l’a maintenue pendant des années dans l’accompagnement des grandes figures du genre, notamment dans les maisons de fado. Amália Rodrigues lui a reconnu une place singulière, observant que la basse, contrairement aux autres instruments, était un territoire que lui seul maîtrisait. Avec la voix, la guitare portugaise, la viola et la viola baixo, se complète le quatuor qui soutient le fado dans sa forme la plus authentique.

Membre d’une tradition reconnue par l’UNESCO comme Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité depuis 2011, la viola de fado partage avec d’autres cordophones d’accompagnement, comme la viola campaniça du chant alentejano, la condition d’instrument qui vit de la fonction collective — discret, mais indispensable à l’ensemble. Sa continuité dépend autant des violistes qui perpétuent l’art d’accompagner que des ateliers de lutherie qui maintiennent vivante l’art de la construction de ces instruments.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la viola de fado et la guitare portugaise ?
La viola de fado est un cordophone à six cordes en acier, similaire à la guitare classique, qui assure la fonction d'accompagnement harmonique et rythmique ; la guitare portugaise, en forme de poire et à douze cordes, garantit la ligne mélodique et les contrechants.
Comment accorder la viola de fado ?
Elle suit l'accordage habituel de la guitare à six cordes — Mi–La–Ré–Sol–Si–Mi —, mais utilise des cordes métalliques et une technique de jeu aux doigts et de frappe propres au fado.
Qu'est-ce que la viola baixo dans le fado ?
C'est un instrument à quatre cordes, une sorte de contrebasse acoustique portugaise développée dans les années 1960, qui renforce la ligne de basse de l'accompagnement. Joel Pina est celui qui l'a fixée dans le fado de Lisbonne.

Sources

  1. Casa da Guitarra — Viola de Fado: história, evolução e papel
  2. Casa da Guitarra — Instrumentos do Fado
  3. Fado — Património Cultural Imaterial da Humanidade (UNESCO)