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Patrimoine mondial
Livres de Registre des Visas d'Aristides de Sousa Mendes (Bordeaux, 1939-1940)
Livres de Registre des Visas du consul Aristides de Sousa Mendes à Bordeaux, inscrits à la Mémoire du monde de l'UNESCO en 2017 et conservés à Lisbonne.
- Lieu
- Lisboa, Lisboa
- Construction
- 1939–1940
- UNESCO
- Patrimoine mondial
Les Livres de Registre des Visas du consul Aristides de Sousa Mendes racontent, ligne après ligne et nom après nom, l’un des épisodes les plus remarquables de l’histoire diplomatique portugaise du XXe siècle. Il s’agit des volumes manuscrits où fut consignée la délivrance de visas par le Consulat du Portugal à Bordeaux, en 1939 et, surtout, durant le mois dramatique de juin 1940, lorsque l’avancée allemande sur la France jeta sur les routes des centaines de milliers de réfugiés. En 2017, l’UNESCO inscrivit ce fonds au Registre de la Mémoire du monde, le reconnaissant comme un témoignage documentaire irremplaçable de l’Holocauste et du secours porté aux persécutés.
Un geste contre les ordres reçus
Aristides de Sousa Mendes (Cabanas de Viriato, 1885 – Lisbonne, 1954) était, en 1940, consul général du Portugal à Bordeaux. La célèbre Circulaire 14, émanée du ministère des Affaires étrangères de l’Estado Novo en novembre 1939, restreignait sévèrement la délivrance de visas aux réfugiés, en particulier aux apatrides, aux Juifs et aux persécutés politiques. Face à la foule qui s’amassait à la porte du consulat, et après des jours de crise personnelle, Sousa Mendes décida de désobéir et de signer des visas à quiconque en demandait.
La période la plus intense se déroula à la mi-juin 1940. La documentation enregistre des centaines de visas par jour à Bordeaux — 247 le 17 juin, 221 le 18 juin, 156 le 19 juin — l’action se prolongeant à Bayonne et au poste frontière d’Hendaye les jours suivants, jusqu’à l’armistice franco-allemand du 22 juin. L’historien Yehuda Bauer décrivit cet effort comme peut-être la plus grande action de sauvetage menée par un seul individu pendant l’Holocauste.
Chaque ligne des registres est, à proprement parler, une vie ou une famille à qui fut ouverte une route de fuite : à travers l’Espagne, le Portugal neutre et, bien souvent, de là vers les Amériques.
La valeur documentaire des registres
Ce qui rend ces livres exceptionnels, ce n’est pas seulement le geste qu’ils documentent, mais leur nature de source primaire. Contrairement aux récits mémoriels postérieurs, les registres furent produits dans l’acte administratif lui-même, avec dates, numéros de visa et identités des requérants. Ils permettent de reconstituer des trajectoires individuelles, de croiser des noms avec des listes de passagers et des archives d’immigration, et de fonder une recherche historique rigoureuse sur l’exode européen de 1940.
Par son authenticité, sa rareté et sa portée universelle, le fonds remplit les critères du programme Mémoire du monde, qui distingue le patrimoine documentaire d’importance mondiale. Il rejoint ainsi d’autres documents portugais reconnus par l’UNESCO, comme la Lettre de Pêro Vaz de Caminha et le Traité de Tordesillas, tous intégrés à l’ensemble du Patrimoine mondial classé par l’organisation.
Conservation et mémoire
Les Livres de Registre des Visas sont aujourd’hui conservés aux Archives historico-diplomatiques de l’Institut diplomatique du ministère des Affaires étrangères, installé au Palácio das Necessidades, à Lisbonne. Leur inscription à la Mémoire du monde a coïncidé avec un mouvement plus large de réhabilitation de la figure de Sousa Mendes, révoqué et appauvri de son vivant par le régime, plus tard reconnu Juste parmi les nations par Yad Vashem et, en 2020, distingué des honneurs du Panthéon national par l’Assemblée de la République.
Les registres demeurent, avant tout, un document de conscience : la preuve matérielle qu’à un moment où l’obéissance était la norme, la décision d’un homme se traduisit, visa après visa, par le salut de milliers de personnes.
Questions fréquentes
- Que sont les Livres de Registre des Visas d'Aristides de Sousa Mendes ?
- Ce sont les registres manuscrits des visas que le consul du Portugal à Bordeaux a accordés en 1939 et 1940, surtout pendant l'exode de juin 1940, identifiant des milliers de réfugiés, dont beaucoup de Juifs, qui fuyaient l'Europe occupée.
- Quand ont-ils été inscrits à la Mémoire du monde de l'UNESCO ?
- Ils ont été inscrits au Registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO en 2017, rejoignant l'ensemble des documents portugais reconnus par ce programme.
- Où se trouvent ces livres aujourd'hui ?
- Ils sont conservés aux Archives historico-diplomatiques de l'Institut diplomatique du ministère des Affaires étrangères, au Palácio das Necessidades, à Lisbonne.
Sources
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