Patrimoine mondial
Traité de Tordesillas (Mémoire du monde)
Le traité de Tordesillas de 1494, qui partagea le monde entre le Portugal et la Castille, inscrit en 2007 au Registre Mémoire du monde de l'UNESCO, à Lisbonne.
Le traité de Tordesillas, signé le 7 juin 1494, est l’un des documents les plus décisifs de l’histoire moderne : le Portugal et la Couronne de Castille y convinrent de se partager les terres découvertes et à découvrir hors d’Europe. Pour son importance universelle, il fut inscrit en 2007 au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO, dans une candidature conjointe luso-espagnole qui reconnut sa valeur documentaire, partagée par les deux pays et par l’ensemble du monde de matrice ibérique.
Un traité qui partagea le globe
L’accord naquit de la rivalité ouverte après le retour de Christophe Colomb, en 1493, et de la nécessité d’éviter le conflit entre les deux puissances maritimes. La bulle Inter caetera, du pape Alexandre VI, avait fixé une ligne de démarcation à 100 lieues à l’ouest des îles du Cap-Vert. Le roi Jean II de Portugal, insatisfait, négocia directement avec les Rois Catholiques, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, et parvint à déplacer la ligne à 370 lieues à l’ouest du Cap-Vert, tracée de pôle à pôle.
Tout ce qui se trouvait à l’est de ce méridien reviendrait au Portugal ; tout ce qui se trouvait à l’ouest, à la Castille. Le traité dépassait aussi le précédent traité d’Alcáçovas (1479), qui avait partagé l’Atlantique par parallèles. La négociation fut menée dans la ville castillane de Tordesillas, au bord du fleuve Douro, qui donna son nom au document.
L’ajustement des 370 lieues, obtenu par la persévérance diplomatique de Jean II, eut une conséquence que personne ne prévoyait en 1494 : en élargissant la bande portugaise vers l’occident, il ouvrit la voie à ce qu’une bonne partie du futur Brésil — atteint par Pedro Álvares Cabral en 1500 — vînt à relever du champ du Portugal.
Les originaux et leur conservation
Le traité fut rédigé en deux exemplaires, ratifiés par la suite : par la Castille le 2 juillet et par Jean II le 5 septembre 1494. Les documents originaux sont aujourd’hui conservés, répartis, aux Archives nationales de la Torre do Tombo, à Lisbonne, et à l’Archivo General de Indias, à Séville — signe éloquent de la nature partagée de ce patrimoine. La garde de la Torre do Tombo, dépositaire millénaire des archives de la Couronne portugaise, souligne la continuité documentaire qui soutint pendant des siècles la mémoire de l’expansion maritime.
Mémoire documentaire des Grandes Découvertes
L’inscription au Registre Mémoire du monde intègre le traité dans un ensemble de témoignages portugais de l’époque des Grandes Découvertes que l’UNESCO a reconnus comme héritage documentaire de l’humanité. Parmi eux figurent la Lettre de Pero Vaz de Caminha, première description du littoral brésilien, et le Journal du premier voyage de Vasco da Gama aux Indes, qui documente l’ouverture de la route maritime vers l’Orient. À leurs côtés, le Corpo Cronológico, vaste collection de la Torre do Tombo, réunit la correspondance et les papiers administratifs qui encadrent cette période.
Plus qu’un accord de frontières, Tordesillas est le document fondateur d’un ordre géopolitique qui allait façonner le monde pendant des siècles. Il s’inscrit aujourd’hui dans l’univers du Patrimoine mondial et de la Mémoire du monde reconnu par l’UNESCO au Portugal, où il dialogue avec les grands monuments et archives de l’époque de l’expansion.
Questions fréquentes
- Quand le traité de Tordesillas a-t-il été signé ?
- Il fut signé le 7 juin 1494 dans la ville castillane de Tordesillas. Il fut ratifié par la Castille le 2 juillet et par le roi Jean II de Portugal le 5 septembre de la même année.
- Où se trouvent les originaux du traité ?
- Les exemplaires originaux sont conservés aux Archives nationales de la Torre do Tombo, à Lisbonne, et à l'Archivo General de Indias, à Séville. La candidature au Registre Mémoire du monde fut conjointe, présentée par le Portugal et l'Espagne.
- Pourquoi le traité de Tordesillas est-il important ?
- Il fixa une ligne de démarcation à 370 lieues à l'ouest du Cap-Vert, répartissant entre les deux couronnes les terres à découvrir. Cette ligne allait placer une grande partie du futur Brésil dans le champ portugais.