Patrimoine immatériel
Transhumance et Pastoralisme
La transhumance et le pastoralisme au Portugal : les déplacements saisonniers des troupeaux et le mode de vie pastoral des montagnes, de l'Estrela au Barroso…
La transhumance est le déplacement saisonnier des troupeaux entre des pâturages situés à différentes altitudes et dans différentes régions, conduit par des bergers qui parcourent, année après année, les mêmes chemins. Au Portugal, cette pratique millénaire façonne depuis des siècles la vie des communautés montagnardes, de la Serra da Estrela au Barroso, et est indissociablement liée au pastoralisme — l’ensemble des savoirs, gestes et techniques qui soutiennent l’élevage extensif dans les hautes terres.
Un cycle entre la montagne et la plaine
Le mouvement des troupeaux suit le rythme des saisons. En été, lorsque les basses terres s’assèchent, les bergers montent avec les moutons vers les pâturages d’altitude de la montagne, où l’herbe reste verte plus longtemps ; c’est la transhumance ascendante, ou estivale. En hiver, face à la neige et au froid des sommets, le sens s’inverse : les troupeaux descendent vers des régions plus clémentes, comme l’Alentejo, la Beira Baixa ou la vallée du Douro, retournant à la montagne au printemps.
Ces parcours se faisaient par des voies spécifiques — les canadas ou cabanais —, des chemins larges et sinueux, souvent bordés de murs en pierre, qui reliaient les villages montagnards aux terres d’hivernage. Des villages de la Serra da Estrela comme Sabugueiro, Folgosinho ou Videmonte ont été, pendant des générations, des points de départ de ces voyages qui pouvaient durer plusieurs jours à pied.
La transhumance n’est pas seulement un déplacement d’animaux : c’est toute une géographie inscrite dans le paysage, faite de chemins, d’abris, de sources et de toponymes que seuls les bergers savaient lire.
Savoirs d’une culture pastorale
Le pastoralisme transhumant exige une connaissance profonde du territoire, du climat et du comportement des animaux. Le berger dépend d’auxiliaires essentiels, notamment le chien de troupeau et son rôle dans la garde des moutons, des races robustes élevées pour protéger les moutons des loups le long des chemins. Le son qui accompagne le troupeau fait aussi partie de cette culture : les cloches, pièces d’art campanaire et de fabrication artisanale de cloches, permettent de localiser les animaux et d’identifier chaque troupeau par son timbre.
De cette économie pastorale naissent des produits devenus emblématiques. Le lait des brebis de la race Serra da Estrela est à l’origine de certains des plus célèbres fromages traditionnels portugais, tandis que la laine a alimenté des industries rurales comme celle du burel de la Serra da Estrela, tissu épais et imperméable avec lequel étaient fabriqués les manteaux des bergers eux-mêmes.
Mémoire, reconnaissance et avenir
Autrefois activité centrale de l’économie des montagnes, la transhumance est aujourd’hui très réduite et dépend d’un nombre de plus en plus restreint de bergers. Les déplacements à pied sur de longues distances ont en grande partie cédé la place au transport routier, et le dépeuplement de l’intérieur menace la continuité de cette tradition.
En réponse, des communautés, des municipalités et des associations cherchent à valoriser cet héritage. Des fêtes et des itinéraires de transhumance sont organisés — comme ceux de Seia, dans la Serra da Estrela — et la pratique a été inscrite à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel, intégrant l’ensemble du patrimoine culturel immatériel portugais que l’on cherche à sauvegarder. Au niveau européen, la transhumance figure sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, à travers une candidature partagée par plusieurs pays méditerranéens et alpins, témoignage de l’échelle continentale d’un mode de vie qui, des montagnes portugaises aux Alpes, partage les mêmes gestes ancestraux.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que la transhumance ?
- C'est le déplacement saisonnier des troupeaux entre les pâturages d'hiver, dans les basses terres, et les pâturages d'été, dans les montagnes, le long de chemins spécifiques parcourus par les bergers, leurs chiens et leur bétail.
- Où pratique-t-on la transhumance au Portugal ?
- Principalement dans la Serra da Estrela et dans l'intérieur du Centre, mais aussi en Trás-os-Montes, dans le Barroso et dans les montagnes frontalières, bien que de manière très réduite par rapport au passé.
- La transhumance est-elle reconnue comme patrimoine culturel ?
- Oui. Au Portugal, elle a été inscrite à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel, et au niveau européen, la transhumance figure sur la Liste représentative de l'UNESCO dans une candidature partagée par plusieurs pays, à laquelle le Portugal n'est pas inclus.