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Azulejo hispano-mauresque

L'azulejo hispano-mauresque au Portugal : les techniques de l'alicatado, de la cuerda seca et de l'arista importées de Séville au XVIe siècle, avec le Palais…

Azulejo hispano-mauresque
Biblioteca de Arte / Art Library Fundação Calouste Gulbenkian, No restrictions — Wikimedia Commons

L’azulejo hispano-mauresque constitue le premier chapitre de la longue histoire de l’azulejo au Portugal. Il s’agit d’une céramique de revêtement de matrice islamique, produite surtout à Séville et à Tolède entre le XVe et le XVIe siècle, où le décor est exclusivement géométrique et végétal. Il n’y a ni figure ni scène : il y a un module. La pièce existe pour se répéter, couvrant le mur comme un tapis continu et dissolvant la surface en une trame lumineuse de couleur et de motif.

Les trois techniques

Avant l’azulejo de plaque carrée se généralisa l’alicatado, dans lequel de petites pièces monochromes étaient découpées et ajustées comme des tesselles de mosaïque pour former des étoiles, des entrelacs et des polygones imbriqués. C’était un travail minutieux et coûteux, propre aux grandes œuvres mudéjares.

Pour le rendre plus accessible, les ateliers sévillans développèrent, au cours du XVe siècle, deux procédés qui simulaient l’effet de l’alicatado sur une seule plaque. Dans la cuerda seca, le dessin était cerné par un sillon rempli d’oxyde de manganèse mélangé à une matière grasse, qui empêchait les émaux de se mélanger pendant la cuisson. Vers 1500, la cuerda seca fut peu à peu remplacée par l’arista (en castillan, arista ou cuenca) : la plaque était pressée dans un moule qui laissait de petits rebords en relief, et ces rebords retenaient chaque couleur dans son compartiment. La palette provenait d’oxydes métalliques — le cobalt pour le bleu, le cuivre pour le vert, le fer pour le jaune, le manganèse pour les bruns et les noirs.

Le génie de ces techniques réside dans l’économie : elles substituent au patient travail du découpage un geste mécanique de moulage, sans perdre la netteté du dessin géométrique. C’est l’industrialisation possible avant l’industrie.

Séville à Sintra

L’arrivée de ces azulejos au Portugal est due en grande partie au roi Manuel Ier, qui lors de voyages dans la Castille voisine s’émerveilla devant les murs revêtus de céramique. Il les commanda en quantité aux ateliers de Triana, à Séville, en les faisant appliquer dans les palais royaux. Le résultat le plus spectaculaire est le Palais national de Sintra, qui conserve le plus important ensemble hispano-mauresque in situ de toute l’Europe — des milliers d’azulejos réunissant, dans un même édifice, alicatado, cuerda seca, arista et relief.

Dans la Sala dos Árabes, une fontaine de bronze est encadrée par des revêtements où les trois techniques coexistent ; dans d’autres salles, les mêmes motifs couvrent murs et sols, prolongeant la logique du tapis oriental jusqu’au sol et aux plinthes. C’est un décor abstrait, sans récit, fidèle à l’interdiction islamique de l’image — et, pourtant, pleinement intégré dans un palais chrétien en pleine ère des Découvertes.

Du motif à la figure

L’azulejo hispano-mauresque représente un moment de transition. Il appartient encore au monde de l’ornement répétable et de la géométrie, mais il prépare le terrain à la révolution qui allait suivre. Avec l’arrivée de la technique de la majolique, au cours du XVIe siècle, l’azulejo cesserait de dépendre des sillons et des arêtes : il put désormais se peindre librement sur la glaçure blanche d’étain, s’ouvrant à la perspective et, enfin, à la grande composition figurative qui culminerait dans le panneau bleu et blanc du XVIIe siècle.

Inscrit dans les arts décoratifs portugais, l’azulejo de Séville est ainsi la racine d’une tradition que le Portugal allait faire sienne comme aucun autre pays européen. Ce qui commença comme une importation finit par devenir un langage national — mais sa grammaire première, géométrique et modulaire, demeura inscrite à jamais sur les murs du Palais de Sintra.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui distingue l'azulejo hispano-mauresque de l'azulejo postérieur ?
Il se caractérise par un décor géométrique et végétal de tradition islamique, modulaire et répétable, sans figuration. Les couleurs étaient maintenues séparées par des moyens physiques — sillons ou arêtes — et non par une peinture libre, comme cela adviendrait avec la majolique.
Où trouve-t-on les meilleurs exemples au Portugal ?
Le Palais national de Sintra conserve le plus important ensemble in situ d'Europe, avec des revêtements d'alicatado, de cuerda seca et d'arista commandés par le roi Manuel Ier auprès des ateliers sévillans.
Quelles étaient les principales techniques ?
L'alicatado, qui découpait des pièces monochromes pour composer des mosaïques ; la cuerda seca, qui séparait les émaux par un sillon rempli d'oxyde de manganèse ; et l'arista, qui élevait de petits rebords en relief pour contenir les couleurs.

Sources

  1. Azulejaria — Wikipédia
  2. Palácio Nacional de Sintra — Parques de Sintra
  3. An Iberian Heritage: Hispano-Moresque architectural tiles (ResearchGate)